Affichage des articles dont le libellé est art de vivre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est art de vivre. Afficher tous les articles

jeudi 16 juin 2011

Pour étendre son rayon d'action...

Nous avons déjà la possibilité de prendre le métro avec nos vélos, et ce dans certaines plages horaires. C'est très bien. Une option dont je ne me prive pas. Il m'arrive en effet de retrancher quelques kilomètres de bitume brûlant par jour de très grande canicule. Mais cette semaine, c'est d'une autre alternative dont j'ai profitée. Je devais me rendre de Rosemont à St-Eustache. Mais par un temps splendide, prendre la voiture équivaut à rien de moins qu'une punition. Une journée de vélo perdue! Une journée de voiture à rouler sur des autoroutes pour sortir de Montréal, et sillonner les banlieues. Ouach... Alors, qu'à cela ne tienne, j'ai décidé de me prévaloir de l'opportunité que nous offre l'Agence métropolitaine de transport depuis le ler mai : prendre le train!

Encore une fois, bien entendu, il faut respecter certaines plages horaires. En fin de compte, il s'agit essentiellement d'être 'à l'envers du traffic', i.e. de sortir de la ville quand tout le monde s'amène au boulot, et d'y revenir quand tout le monde veut en sortir.

J'effectue un court trajet vers la Gare Centrale (8km) dans la fraîcheur du matin. Il faut entrer par la rue La Gauchetière, descendre de sa monture, et s'amener jusqu'au quai d'embarquement du train de banlieue choisi. Ca fait très bizarre d'entrer dans la Gare Centre, dans ce grand espace des 'pas perdus' avec son vélo. Ce n'est pas sans attirer certains regards, puisque la chose est somme toute assez récente.

On peut acheter ses titres de transport directement sur sa carte Opus. Attention, il y a des bornes pour Via Rail, des bornes Opus, puis des bornes pour les trains de banlieue, tout juste à côté des escaliers qui mènent aux trains, également identifiés 'Opus'. Ce sont ces dernières qu'il faut utiliser. Les titres achetés - les prix varient selon la zone où l'on se dirige - demeurent valides sur votre carte Opus pour une année. Une fois les titres achetés et stockés sur votre carte Opus, il ne restera plus qu'a les 'valider' au moment du départ. Une fois 'validé', vous avez 120 minutes pour prendre le train, sans quoi vos titres seront perdus. Pour certaines voies (8-9-10-11), on a même droit à un ascenseur pour descendre au niveau de la voie ferrée. C'est pas mal chic!

En principe, la voiture de queue est la voiture qui comporte les crochets pour suspendre les vélos. Mais au retour de Deux-Montagnes, on m'a dit qu'il y en avait dans la voiture de tête ET de queue. Il y a un brin de confusion que j'attribue à la nouveauté de ces services... Un 'gros' total de 4 crochets par wagon (de queue et/ou de tête). Certes c'est très très peu, c'est ce qu'on pourrait qualifié d'homéopatique! Si on conjuge 4 vélos par le nombre de trains par jour où ce service est offert, divisé par le nombre de cyclistes qui pourraient potentiellement s'en prévaloir... c'est infinitésimal comme offre. Mais si ces rares crochets sont utilisés souvent, nous aurons de meilleurs munitions pour en exiger davantage...

Pour embarquer à la Gare Centrale, c'est facile parce que le quai d'embarquement est au niveau du wagon. Pour débarquer et embarquer dans les autres stations, il faut se faire les muscles un peu, parce qu'on doit soi-même, sans aide, monter et descendre son vélo dans le train. (Attention : certaines gares ne sont pas accessibles aux vélos. Consulter le site de l'ATM.)

Dans le train, on accroche son vélo à un crochet, le vélo pend verticalement, et l'on attache la roue du bas par une sangle prévue à cet effet. On s'asseoit pas trop loin pour garder un oeil sur sa monture.

Il n'y a pas de frais pour le vélo. Le titre de transport pour le cycliste est le même que pour le passager régulier.

Ce fut un trajet des plus agréables. Arrivée à destination, hop hors du train, et à peine 15 minutes j'étais rendue à destination. Le retour fut tout aussi sans douleur. Le trajet en train est confortable. Et le tarif raisonnable si l'on compare aux coûts en essence pour pareil trajet (7$ l'aller-simple pour se rendre à Deux-Montagnes).

J'ai vu trois autres personnes avec des vélos, dans tous les cas, des gens qui n'ont fait qu'une portion de la ligne Montréal-Deux-Montagnes, mais qui semblaient tous parfaitement familier avec la chose. C'est dans les faits très convivial, et j'ai été étonnée de l'attitude des autres passagers qui n'étaient pas irrités, mais au contraire très coopératifs.

Le site de l'Agence vous donnera toutes les informations - vélos autorisés, directives, plages horaires, etc. - ainsi que les horaires des trains.

Je trouve que de pouvoir aller rouler à la périphérie de Montréal SANS prendre la voiture pour s'y rendre, c'est une perspective tout à fait réjouissante. Souvent, le trajet aller-retour pour simplement sortir de la région de Montréal, c'est déjà pas mal de kilomètres, des kilomètres en milieu urbain qui ne sont pas nécessairement ceux qu'on a envie de faire ce jour-là.

Alors que de se laisser conduire, à bord du train, c'est chouette. Apporter un casse-croûte, un café, petit-déjeuner dans le train si le coeur vous en dit, et vous arriverez au lieu de départ de votre ballade frais et dispo !

Pour infos : Accès Vélo - Agence Métropolitaine de Transport.

mercredi 6 octobre 2010

Du caractère viral de la courtoisie

Hier, un merveilleux petit 40 km par 19C, dans la lumière magnifique d'octobre, avec les feuilles aux arbres qui flamboient. La ville, ces jours-là, est délicieuse. Et la ballade idyllique. Mais pas assez pour me faire oublier que ma saison de vélo tire à sa fin puisque je ne suis pas des chanceux et chanceuses qui ont les poumons pour rouler dans le froid hivernal.

Si je repense à cette saison qui s'achève, je suis aux oiseaux. Les occasions de rouler à vélo furent quotidiennes dès notre printemps hâtif. Et mes objectifs avoués de convertir au vélo-boulot quelques personnes de mon entourage : un succès dont je m'enorgueillis. De même pour mes objectifs de rouler sur de plus longues distances : je pars dans quelques jours pour un voyage de cyclotourisme sous des latitudes plus clémentes.

Mais 2010 aura surtout été pour moi l'occasion de pleinement prendre la mesure de notre cohabitation - automobilistes, cyclistes, piétons - puisque lors de ma première sortie en avril j'ai été victime d'un délit de fuite, accrochage qui me fit faire une chute à vélo et une vilaine blessure au dos. Bien que cela aurait pu me coller la peur aux fesses et me dicter un état d'esprit vindicatif, je suis remontée en selle, et j'ai opté pour redoubler de zéle au chapitre de la ... courtoisie.

J'ai été en mesure de constater, tout au fil de la saison, que c'est encore la meilleure stratégie. Oh, ça ne fait pas disparaître de ma route les chauffards et cyclistes délinquants, mais ça me maintient dans un état d'esprit ouvert et détendu, et conséquemment, toutes ces choses m'atteignent moins et ne me gâchent pas le plaisir de rouler en ville. Si on se formalise de tout ce que l'on voit quotidiennement, on ne mettrait plus le nez dehors. Et dehors, c'est là que j'ai envie d'être, par beau temps et temps de pluie.

N'allez pas croire que ça me vient naturellement. C'est un choix éthique qui implique un travail sur soi hardu. Mais j'ai choisi d'en faire le pari. Il faut beaucoup de temps pour changer les mentalités et les comportements. Si la courtoisie ne semble avoir que peu d'impacts dans l'immédiat de son expression sur la route que l'on a tant de difficulté à partager de façon civilisée, je demeure convaincue de son efficacité à long terme. La courtoisie est communicative. Elle est virale!

Combinée aux actions citoyennes qui visent à rappeler à nos décideurs des changements nécessaire au chapitre des lois, de leur respect, des aménagements urbains, etc.; c'est un cocktail explosif que je compte bien reconcocté l'an prochain!

mardi 28 septembre 2010

Novateur et réjouissant ! (bis)

Depuis le 22 septembre, du lundi au vendredi, entre 6h-9h et 16h-18h, aux minutes 15 et 45 de chaque heure, CIBL 101,5 Radio Montréal propose sur ses ondes, et en flot continu sur www.cibl1015.com - quelque chose de novateur et unique au Québec, soit
"(...) la diffusion de ‘’bulletins de déplacements urbains’’. Ces bulletins de circulation ‘’non-automobile’’ auront comme mission la sensibilisation et la valorisation des alternatives au transport automobile sur l’Île de Montréal, en plus d’informer les auditeurs de la situation en temps réel des transports collectifs. "
Le pendant du bulletin de circulation automobile avec lequel nous sommes familiers, mais qui, avouons-le ne nous aide pas trop pour le vélo-boulot et autre cocktail de transports alternatifs.

Pour leur communiquer de l'info en temps réel sur l'état des services ou pour les aiguiller sur les transports alternatifs (vélo-marche-bus-train-métro), contactez-les à deplacements@cibl1015.com ou sur leur cellulaire (514) 817-2425, ou à CIBL - (514) 817-CIBL.

Je salue cette initiative de CIBL et leur souhaite bon succès! N'oubliez pas que vous pouvez syntoniser cette radio également via internet. Ou à vélo, si vous avez un Huffy!

Crédit photo : Merci à Dominic Ratthé pour l'image "Vélo+Écouter" - créée pour une note dans son excellent blog Rouler à vélo. / Vélo avec radio - Huffy Radio Bike, circa 1954.

lundi 9 août 2010

Vélo anyone ?

Si je parle de vélo sur un site de vélos, je l’admets, je prêche aux convertis. Mais je ne peux réfréner un élan de prosélytisme ces temps-ci alors que j'observe le clivage entre les automobilistes et les cyclistes qui ont à partager la route. Je me dis que cette situation ne sera résolue que lorsque la loi du nombre penchera en faveur des amateurs et usagers de la petite reine. Et ce nombre, on ne l’atteindra jamais assez vite à mon goût. Parce que trop de monde continue de croire que le vélo est hors de leur portée : c’est pour les autres. Et ces autres ne les concernent pas.

Or, ces autres, il suffirait de si peu pour que ce soit eux. Il suffirait ... d’un vélo. C’est tout. Un vélo neuf ou usagé. Un vélo emprunté. Un Bixi. Il suffirait d’une petite emplette faite à vélo. Un détour par la rue suivante. Le plaisir retrouvé de se mouvoir par son propre pouvoir, libre, dans l’air frais. D’être dans la beauté du jour, de ne pas rater ça, jour après jour justement.

Je meurs d’envie de connaître des statistiques telles que : quel est le trajet moyen en km des Montréalais qui se déplace dans Montréal. Je parie que cette distance est totalement faisable en vélo. Moi qui vélo-boulot aussi loin que dans des banlieues hors l’île, je le sais. La conversion de ces Montréalais constituerait pour chacun une économie d’argent et de temps, avec en plus, le stress en moins ET le plaisir retrouvé. Je suis magnanime : je vous épargne le préchi-précha pro-environnement. Mais c'est un fait, il y a aussi cet aspect qui n'est pas à négliger.

Tout comme les ex-fumeurs sont plus radicaux que les non-fumeurs, j’ai moi aussi la foi et le zèle des nouveaux (re)convertis puisque je suis de ceux et celles qui s’y sont remis après une couple de décennies d’absence sur deux roues. C'est à peu près aussi en forme qu’un vieux divan qu’on envoie finir ces jours au chalet, en surpoids, pitoyable et ridicule que je suis (re)montée en selle. Et j’ai soufflé et poussé et tiré et pédalé, jusqu’à ce que - étonnament rapidement - ça redevienne la chose la plus naturelle du monde. Une chose qui me demande de moins en moins d’efforts pour des distances de plus en plus longues, et à chaque fois, le plaisir est au rendez-vous. Au début, j’allais à l’épicerie, et c’était un exploit. Maintenant, je vais faire un petit 15 ou 30 km le matin, avant d’aller au boulot, parce que mon trajet de vélo-boulot, un 20 ou 30 km aller-retour, c’est pas assez pour ma grosse dent, c’est juste un teaser frustrant.

Le vélo-boulot me fait profiter de chaque journée qui, sinon, serait entièrement bouffée par le travail et les aléas de la vie quotidienne. Il me permet de savourer à petites bouchées le passage des saisons. Puis, les ballades et les randonnées en extra, un petit 40 ou 50 km par çi par là, c'est juste pour le plaisir, pour redécouvrir cette île et ses berges et ses banlieues. Avant que les citrouilles de l’Halloween ne viennent me lancer leur sourire inquiétant j'aurai cumulé autant de km que si j'avais roulé en droite ligne vers Vancouver. Pas mal pour une... 2e saison. Et je ne roule pas l’hiver. Vous voyez : il n’y a rien d’héroïque à ma pratique du vélo.

Je regarde parfois les gens au volant de leur voiture. Je me revois, assise dans la mienne, à pester contre la circulation. Je les regarde, et j’essaie de me souvenir qu’est-ce qui m’empêchait de croire que je pourrais pédaler pour aller travailler. Je me souviens d’avoir pensé que ca devait être proprement surhumain de faire ça, au q-u-o-t-i-d-i-e-n. Que sûrement il fallait être HYPER en forme. Et avoir beaucoup beaucoup de temps. Et du temps, moi, je n’en avais PAS. Aujourd’hui, ce que je trouve surhumain, ou ... inhumain, ce sont tous ces gens qui vivent dans leur voiture, pare-choc à pare-choc, surtout les jours de beau temps. Je vois leur vie s’écouler entre les murs de tôle de leur auto, soir et matin, et ça m’afflige. Six, sept mois par an, j’échappe à ce sort que je connais trop bien.

Autour de moi, tout plein de monde qui pourrait s’y mettre. À commencer par des gens qui vivent à Montréal et travaillent à Montréal. De courts trajets qu’ils et elles font en transport en commun ou en voiture. Tous nous servent les mêmes motifs :

J’ai peur de rouler en ville.
La peur, il en va pour le vélo comme pour tout le reste dans la vie : la peur, tu lui donnes un pouce, elle prend un pied. La prochaine chose que tu sais, tu ne vis plus, tu ne risques plus rien. Et il ne t’arrive plus rien dans la vie. La peur, il faut lui faire la peau, la trucider, chaque matin quand on écoute les nouvelles. Puis, sortir rouler de la façon la plus sécuritaire possible et profiter de la vie pendant qu’elle passe.

Je veux pas arriver au boulot trempé, en sueur.
Roule moins vite. Un point c’est tout. Si tu as 5 ou 10 km à faire, tu as amplement le temps de les faire tranquillos. À rouler pépère, 10 km à l’heure, ça prendra moins d'une heure, de porte à porte, avec en prime zéro casse-tête pour le stationnement.

J’ai pas le temps. J’ai trop long à faire.
Je vais à Laval en voiture un peu avant le pire de l’heure de pointe : il me faut 50 minutes. Je vais à Laval en vélo, en plein dans l’heure de pointe : 50 minutes. Nul besoin de dire que les deux trajets consistent en des expériences radicalement différentes quant au plaisir éprouvé.

La pluie.

Petite pluie, je roule avec ce qu’il faut pour rester au sec. C’est grisant l’odeur d’une pluie de printemps, ou une chaude pluie d’été. Grosse pluie : je laisse le vélo au boulot, je reviens en métro+bus. Même chose par chaleur accâblante. J'essaie de combiner vélo et métro, quand les heures me le permettent.

Je ne suis pas une cyclosportive, je ne fais pas de course, je ne m’entraîne pas sur un vélo de route hyper performant. Je ne porte pas de jersey sponsorisé. Mais je roule. Pas mal. Pour le boulot, pour les courses, pour le plaisir, pour les sorties, pour rien, pour flâner, pour explorer. En fait, c’est plus qu’un mode de transport, c’est un mode de vie, un rapport au monde, le choix d'une échelle pour ce rapport : la proximité.

Je fais partie du flot anonyme de cyclistes qui roulent de par la ville, sans visage, sans nom, sans histoire, sur des vélos abordables*. Un groupe auquel il me plait d’appartenir. Une appartenance silencieuse mais tenace. Parce qu’ainsi je participe du nombre justement. De ce nombre qu’il nous faudra atteindre pour que ça commande un plus grand respect envers les cyclistes urbains, et autres, et c’est ce respect qui sera garant d’une plus grande sécurité pour nous tous.

Alors... vélo anyone ? Vous embarquez ? On ira pas vite. Juste là, au coin de la rue, puis on prendra par le parc, là où le temps existe.

*Je me suis remise au vélo sur un tank, un gros vélo hollandais que j'ai revendu depuis. Puis, j'ai craqué pour un Opus Classico, un vélo urbain qui impose le rythme du slow bike, un vélo pour flâner, pour découvrir la ville, les quartiers, etc. C'est un vélo pour prendre son temps. Puis, pour la grosse besogne, j'ai un vélo cargo. Celui là est un cheval de trait, une fabuleuse bête de somme. Et finalement, pour les plus longues randonnées, j'ai acheté un vélo usagé, un hybride, qui a l'air d'être allé à la guerre et d'en être revenu. Ces vélos là se sont payés tout seul en économie de stationnements, de parcomètres, d'essence, de contraventions, etc. Pour aucun je n'ai eu besoin de financement sur 60 mois, ni de contracter une assurance à la Loyds de Londres.

Crédit photo : Merci à Richard Lehoux pour Pédale avec ta tête. CC Creative Commons.

lundi 12 juillet 2010

L'art du vélociste


photo : Alec

Un matin à bonne heure, on est trois ou quatre à attendre à la porte de la boutique. Ça ouvre dans quelques minutes. Une jeune femme passe le commentaire : on se croirait à la clinique médicale sans rendez-vous. Et elle n'a pas complètement tort. Quand on se sert de son vélo quotidiennement, on ne peut souffrir d'être sans. Alors, on va chez le vélociste, avec nos doléances. Et, soit on attend le diagnostic, soit on connait déjà le problème, et on attend de connaître les options, le verdict. On s'en remet à ses bons soins.

Cet autre jour encore, c'est en fin de journée que je me suis pointée. Je n'avais pas dans l'idée d'attendre après la réparation - changer un guidon droit pour un guidon surelevé - mais on me propose gentillement d'attendre, que ça sera prêt dans quelques minutes. Tout à coup, devant moi, une scène . Un monsieur arrive, en vêtements de travail, il rentre du boulot, en route pour la maison, et dit qu'il a attrappé une branche dans sa roue, que sa roue est croche. Le vélociste jette un oeil, en effet, la roue est pas mal croche. Il figure que la roue est fouttue. Le client, à ce stade-çi souhaite simplement rentrer chez lui. Alors, rien à perdre, il prend la roue et la retourne de bord, et frappe le sol très fort avec, la roue à l'horizontale, pas à la verticale. Un peu le grand principe de physique des dessins animés : un coup de masse - tu es k.o., un autre coup de masse, tu es o.k. Et voilà la roue presque parfaite. Un miracle! Tout le monde regarde la roue, éberlué. Il va sans dire qu'on parle d’une roue générique de vélo bien ordinaire, rien qui coûte la peau des fesses. Il met la roue sur le truc qui sert à vérifier les roues, enligne ça, remet la roue sur le vélo. On voyait sur la jante là où la roue avait mangé son coup, mais la roue était à peu près parfaite. Et du coup, cet homme était en mesure de rentrer chez lui. Le vélociste, amusé, étonné lui-même de son initiative, qui, si elle était inorthodoxe, s'est avérée efficace dans les circonstances. Comme on dit : don't try this at home. Tout le monde dans la boutique en a été quitte pour rire un bon coup.

Pendant mes trente minutes passées là, je le jure, c'était littéralement la cour des miracles. Par exemple, un autre client s'amène avec un guidon en carbone, cassé. Et le vélociste d'expliquer au tout jeune homme que - un guidon en carbone, c'est PAS fait pour faire des sauts avec un vélo de montagne!!!! À peine le temps de verser une larme sur son guidon foutu, il rêve déjà d'un futur guidon, d'un futur vélo. Une femme fait irruption dans la boutique avec un grand sac de plastique plein de... cadenas rouillés et elle espère en récupérer quelques uns avec l'aide du vélociste qui reste un peu interloqué par cette demande, lui qui ...VEND des cadenas neufs ! Mais il regarde ça avec elle. Un autre client arrive de la piste cyclable, avec un air un peu ébranlé, et il veut acheter un casque, là, tout de suite. Je crois qu'il vient de piquer une fouille qui aurait pu mal tourner et qui lui a donné la frousse. Assistons-nous là en direct à une conversion instantanée au casque? Un grand gars de 6'5'' au moins, qui ressort coiffée d'un casque Nutcase d'un mauve vif absolument spectaculaire!

C'était pour le moins divertissant d'observer ces portes tournantes, la diversité des cas de figures, chacun qui se pointe avec sa petite urgence, son bobo à faire regarder et panser.

Une fois mon guidon changé, j'ai filé. Mais je garde en tête cette incroyable galerie de portraits. Je trouve que nos bikes shops sont de beaux microcosmes. Et l'humanité qu'on y retrouve, bien, on est forcé d'admettre qu'elle ne fait pas partie de l'expérience de l'achat en ligne...

Plus impressionnant encore, ce jour là, j'ai été à même de voir à l'oeuvre le savoir faire technique de ces vélocistes, proprio, mécano, apprenti. Ainsi que le service à la clientèle élevé au niveau d'un art : la fluidité avec laquelle, leur petite équipe de trois, à l'évidence bien rôdée, a traité toutes les demandes, comme dans une sorte de ballet réglé avec précision, se relayant à certaines tâches, ne laissant personne en plan, et s’occupant d'absolument tout ce monde dans la dernière demie-heure d'ouverture de la boutique : un beau sprint haletant dans le dernier droit. C'était véritablement du grand art, l’art méconnu du vélociste.

Je n'ai pas grand peine à m'imaginer que la scène se répète chez tous nos vélocistes. Alors, chapeau à tout ces commerces de proximité qui nous rendent la vie à vélo plus agréable, qui accueille nos désarrois passagers d'être temporairement sans monture, et qui nous font rêver avec leurs belles vitrines !

lundi 12 avril 2010

Rayon d'action : éloge du commerce de proximité

Petit problème sur mon vélo de tous les jours, celui que j'appelle mon vanity bike, mon vélo joli. L'autre c'est mon utility bike, le vélo cargo, pour le gros boulot. Mon problème? Rien du tout. Certainement pas de quoi écrire une note dans un blog... Deux rayons de cassés. Par ma faute. Charge trop lourde sur le porte-baggages de mon vélo joli, lors d'un aller-retour au travail. Un rayon mercredi matin, à l'aller, en plein déluge : pluck! Un rayon le soir, au retour : (re)pluck! Et voilà le vélo mis hors jeu. Et tous les vélocistes en ville bookés solide jusqu'en mai pour les mises au point du printemps. Je suis à ronger mon frein à l'approche de la fin de semaine.

Je me risque et j'arrête dans deux boutiques qui sont sur ma route, entre le boulot de ce vendredi et la maison. Rien à faire. Et puis, j'aboutie dans mon quartier qui n'en est pas un, ni Plateau, ni Rosemont, ni HoMa, sorte de mini no man's land à la confluence des trois. Puis, deux synapses qui se connectent dans ma cervelle un peu fatiguée du vendredi : euréka! Il y a cette boutique, quelque part plus à l'est, sur Rachel, où il m'arrive de voir des vélos en location l'été. Je m'y suis arrêtée il y a un an ou deux. Comment ai-je pu l'oublier! C'est le moral en berne que je m'y pointe. Je ne suis pas une habituée de la boutique, ils sont sûrement complet, à faire des mises au point à la queue leu leu. Et puis le miracle se produit. Oui, on va réparer mes rayons. Tout de suite, là. Bien sûr qu'ils ont un carnet bien rempli de mises au point. Mais pour deux rayons, on peut. Et, oui, je pourrai rouler toute la fin de semaine!

Bien entendu, cette politique du sans-rendez-vous est pratiquée par d'autres boutiques aussi. Mais en général, cette façon de faire est suspendue pendant cette période un peu démente pour eux, temps fort de la remise en ordre des vélos.

Pendant que j'attends ma monture, je réfléchis à tout ça. L'hiver, quand je suis contrainte de me déplacer en voiture, c'est comme si tout ces commerces de proximité tombaient dans une sorte de point aveugle, parce qu'avec les autos, on est toujours à chercher du m.... stationnement, chose compliquée dans les petits quartiers. On est toujours à payer du stationnement, des parcomètres, à attraper des contraventions. Le sacro-saint stationnement. C'est le pouvoir d'attraction des grandes surfaces, des centres commerciaux, des banlieues, etc. Bref, c'est aussi ça la vie à vélo : réinvestir un rayon d'action différent, et renouer avec tous mes commerces de proximité. La vie à échelle humaine. C'est avec un beau grand sourire accroché dans le visage que je suis repartie de là, à rêver à mes ballades de la fin de semaine.

Si on se compare à des aglomérations de pareille envergure, le Grand Montréal est une région plutôt gatée en fait de bons vélocistes*. Je l'ai constaté maintes fois en voyage. Alors, chapeau et merci à tous ceux et celles qui, non seulement nous font bénéficier de leur expertise, mais aussi ... se salissent les mains pour nous.

*Vélociste : personne qui vend et répare des bicyclettes.

PS Merci aux gars de Vélo Montréal au 3880 Rachel est. Et désolée pour pas de tarte au sucre.

mardi 6 avril 2010

Étonnements quotidiens

Est-il besoin de le dire : ce vendredi 2 avril fut sublime dans la région de Montréal, pour tous, autos, vélos, piétons, bipèdes, quadrupèdes et gente ailée!

Il m’a semblé que ce temps anormalement chaud, ce soleil prodigieux, demandait, pour bien le savourer, non pas de m’élancer dans une randonnée où j’aurais avalé des km et des km, dans un paysage magnifique, à mouliner comme une forcenée, à tenter d’abolir la matière, la route, le vent, mon corps, mes limites; une expérience que j'adore, toute faite de dépense physique intense. Non, ce jour çi était dicté par un appel des sens différent. Il annoncait plutôt quelque chose qui appelle la lenteur, le flanâge, l’attention aux menus détails de ce foisonnement humain de par les rues, de par les quartiers, de par les abords des commerces. Non pas fuir, mais aller à la rencontre de.

Enfin le beau temps, enfin la vie quotidienne retrouvée au grand air, avec ses sons, ses odeurs, ses couleurs, ses mouvements, et avec elle, un rythme, je dirais presque ... un désoeuvrement, mais un désoeuvrement salubre, essentiel.

Il m’a semblé qu’il me fallait passer par le petit raccourci entre les deux immeubles, là où ça sent le cèdre. Et que plutôt d’expédier les courses, en achetant tout ce qu’il y a sur cette longue liste, en un seul et même endroit, il me fallait plutôt égrener toutes ces emplettes comme un chapelet, comme un chemin de croix (Pâques me fait tomber dans la métaphore religieuse!), comme autant de rencontres . Passer chez le boulanger, chez le fromager, chez l’épicier. Pour m’arrêter chaque fois. Parce qu’à ces arrêts physiques - débarque, verrouille le vélo, enlève le casque, retire la sacoche, etc. – dans ces petits rituels cent fois répétés, sans empressement aucun - correspondent aussi des arrêts d’un autre ordre. Arrêter quelque chose dans le regard, arrêter sa pensée et ses sens aux objets qui se présentent à soi. On devient poreux aux choses qui nous entourent et tout en devient magnifié.

Ce que Georges Pérec appelait si justement l’infra-ordinaire* mérite notre attention. Je vois que ce temps chaud fut si soudain que les gens ne savent plus comment s’habiller. Ca va de l’anorak d’hiver aux sandales et camisole. Pendant un moment, je roule dans le sillage de quelqu'un qui porte un parfum incroyable, puis, fugaces, odeurs de sueur, salées, vites éclipsées par l'odeur de café à l'approche d'une terrasse. Je n’ai jamais vu autant de poussettes de bébé. Ni autant de chiens miniatures. Les voix, les rires, partout si clairs, dans ce jour lumineux. Comme une accoustique particulière avec un rien de fraicheur dans le fond de l'air malgré la chaleur.

Je lève les yeux alors que j'attend au feu rouge et je vois des gens qui déménagent, ils sont à prendre la bière sur le balcon d’en avant, parmi le chaos joyeux de leurs possessions matérielles. Comme ils doivent être ravis de cette météo bénie pour déménager. Je vois partout l’euphorie des gens, sortis du cocon de l’hiver. Je fais des détours pour ne pas rentrer. J’en redemande, de cet étonnement salubre aux détails, au vivant, à la beauté, tapie ici, sous nos yeux.

L’accidentel, l’exotique, l’horrible, c’est pour la une des médias. La vie de tous les jours, banale, quotidienne, ordinaire, c’est le tissu même dont est fait la vie, cette vie là qui nous coule entre les doigts.

[*Gerogres Pérec. Interroger l’habituel. ]

Crédit photo : Daily Bread par Phil Richards. © Philwirk Flickr Photostream.

dimanche 24 janvier 2010

Lire ou ... écouter

Je nourris mes rêves de mouliner dans le bonheur en faisant quelques lectures dont certaines sont vélocipédiques. Voici la première de quatre notes sur de telles lectures.

Bicycle diaries de David Byrne. Chez Penguin books, 2009.

J’ai longuement hésité avant d’émettre une opinion sur ce livre paru l’été dernier. D’abord, je dois confesser mon immense et indéfectible admiration pour David Byrne le musicien de génie (membre du groupe Talking heads). Dans les années 80, j’ai écouté l’album My life in the bush of ghosts probablement jusqu’à pousser mes voisins au suicide. Cet album, qu’il a fait avec Brian Eno fait encore l’effet d’une création d’avant-garde, particulièrement quand on garde à l’esprit qu’il a été entièrement produit à l’ère analogique (par opposition à l’ère numérique).

Le culte autour de cette oeuvre ne se dément pas puisqu’en 2006, l’album a connu une deuxième naissance, dans une version revue et augmentée de pistes inédites, phénomène plutôt rare. Tout un site internet rend compte de cette deuxième vie de l’oeuvre, ainsi que des notes sur wikipédia où l’on peut apprendre la petite et la grande histoire de l’album et de l’oeuvre littéraire à l’origine de son nom. Fascinant.

Bref, c’est habitée de mon admiration pour Byrne-le-musicien, mais complètement ignorante de son état de cycliste new-yorkais que j’ai appris la publication de son livre Bycycle diaries l’été dernier. Je me suis procuré le livre à l’automne, et j’ai commencé à le lire. Et j’ai beau me dire qu’il faudrait bien que je le termine, j’ai beau y mettre tous les efforts possibles, rien n’y fait.

Un ou deux petits problèmes avec le livre. D’abord, c’est un blog publié en livre. Et rares sont les cas à ce jour où ça s’est avéré un succès. Dans le cas de M.Byrne, je crois que son éditeur n’a pas fait sa job d’éditeur qui aurait consisté à demander à M.Byrne de réécrire ce contenu, ses notes du blog. Un blog n’est pas un livre, et vice versa. Et si on a envie de lire les notes d’un blog, on va lire le blog. On achète pas un livre. Les notes qui peuvent nous semblées excellentes, dans le contexte d’un blog, d’une chronique, ne tiennent pas toujours la route dans le monde du livre imprimé. Ici, on a d’autres attentes. Ce sont des bibittes bien différentes, qui ont des exigences d’écriture différentes, et qui fournissent des expériences de lecture différentes aussi.

Deuxième bug : le titre est Bicycle diaries. Alors, il est légitime d’avoir des attentes de ce côté là des choses. On peut parfaitement comprendre que lorsqu’il relate ses voyages à l’étranger, l'analyse politique, par exemple, soit un peu faible. Là n’est pas le propos de M.Byrne qui n’est ni journaliste, ni politologue. On ne saurait lui en tenir rigueur. Alors, on attend le contenu ‘vélo’, on salive, on s'impatiente. Et au bout du compte, on reste sur sa faim. Le vélo, c’est la mineur du livre. David Byrne a beaucoup voyager dans les grandes capitales du monde, en tournée, comme musicien. Il y a fait des rencontres fascinantes avec d’autres artistes et musiciens, et c’est peut-être là le contenu le plus intéressant du livre. Mais la portion ‘découverte à vélo’ de la ville, encore une fois nous laisse un peu en reste. Quelques phrases tout au plus pour chaque ville visitée. Plutôt triste. Je ne m’attendais pas à un guide touristique pour cyclistes. Mais j’avoue que je m’attendais à plus. Peut-être aurait-il fallut un titre différent...

Pourquoi parler en mal de ce livre, alors que j’ai fait par ailleurs d’autres lectures plus réjouissantes ? Parce que c’est plutôt fâchant de dépenser des sous et d’être déçu. Je me suis dit que d’autres comme moi, intéressé à lire sur le vélo, se feront peut-être prendre. Alors, gardez vos sous. Ou plutôt non, achetez l’album, en cd ou en téléchargement. Pour accompagner vos classes de spin ou pour une balade urbaine, quand le beau temps sera au rendez-vous, ça ne vous laissera pas indifférent.

Quand je réécoute My life in the bush of ghosts, j’ai bien entendu en mémoire le choc esthétique que ce fut originalement. Mais ce qui demeure parfaitement contemporain dans l’expérience de cette oeuvre c’est qu’elle nous permet de toucher à ce qu’il y a au coeur de tout acte de création : la liberté. Et au bout du compte, c’est peut-être là le lien le plus fort avec ... le vélo.

Crédits photographiques : Pochette de l'album My life in the bush of ghosts, première mouture (1981). Couverture du livre Bicycle diaries de David Byrne, paru chez Penguin (2009). Identité visuelle de l'oeuvre musicale My life in the bush of ghosts, deuxième mouture (2006).

samedi 16 janvier 2010

Le bonheur est dans le ... garage

J’ai tout essayé. Le vélo stationnaire. J’ai écouté un million de podcasts pour tromper mon ennui pendant que je pédalais sur cet engin. Mais la position du vélo stationnaire, ça n’est tout simplement pas la position qu’on a sur un vrai vélo. Les longueurs de piscine s’occupent de me garder la forme cardio-vasculaire. Mais pour les jambes, c’est pas terrible. Il me faut mouliner.

J’ai essayé la classe de spin. Mais je ne me sentais pas vraiment à l’aise dans la faune du gym que j’avais choisi. Un de ces lieux pour voir et être vu. Pas du tout l’ambiance recherchée.

Comme il a été prouvé maintes et maintes fois déjà que le ridicule ne tue pas. Vrai ? Alors, n’en pouvant plus, j’ai enfourché ma bicyclette dans le ... garage.

C’est que j’habite un gros immeuble, de cette architecture de béton qui ne passera jamais à l’histoire. Ni l’histoire de l’architecture, ni l’histoire avec un petit h, ni l’histoire avec un grand h. Pas même l’histoire du béton j’en ai bien peur.

Mais, en cette période de sevrage de vélo, je dois dire qu’il a un grand mérite mon immeuble : un grand stationnement sous-terrain, et de surcroît, plutôt désert à certaines heures du jour et de la soirée. Le dit stationnement est, tout comme l’immeuble lui-même, en forme de U. Le trajet, d’une extrémité à l’autre de ce grand U fait 1/5 de km, cyclomètre à l’appui.

Je prends la bicyclette, puis je pense à un trajet, je visualise n’importe lequel des trajets que je fais pendant la saison, disons de chez moi jusqu’au Vieux Montréal où je travaille régulièrement, j’en estime les km de ce trajet aller-retour, et je fais suffisament de ces 1/5 de km pour arriver au total voulu. Le tout ... dans le garage.

Vous comprendrez que 1/5 de km avec deux virages à angle droit, un au quart du trajet, et un deuxième au trois-quart du trajet, ça fait des accélérations et décélérations multiples, sans compter les deux virages à 360 degrés, un à chaque bout. Super pour les accélérations. Virages excitants. Toutes et chacune des manoeuvres est éxécutées dans le plus pur bonheur. Plus jouissif encore : alors que défile dans mes oreilles le très tonique No Heaven de DJ Champion, et que je me trouve juste à la sortie d'un de mes virages en tête d'épingle, et qu'au même moment la voix out of this world de Betty Bonifassi, pousse son Oh Lord there aint no heaven! Oh Lord there aint no heaven!

Nous devons donc réviser la théorie : non seulement le ridicule ne tue pas, mieux encore, il rend heureux. Parce qu’aussitôt que j'ai dans le corps une dizaine de ces allers-retours (donc 2 km), j’arbore ce sourire parfaitement béat que j’ai habituellement quand je roule en ville. Que Dieu, Boudha ou Toutatis bénisse les endorphines!

Les résidents qui descendent au garage pendant que j’y roule me sourient en retour (forcément, c’est contagieux). Et ils semblent tous, sans exception sincèrement sympatiques à ma cause. Ca à l’air de les réjouir complètement que cette vision d’une femme à bicyclette, avec un grand sourire fendu jusqu’au oreilles, au milieu de cet univers de béton froid et gris et humide et triste, sans horizon, sans lumière du jour, avec pour tout ciel un plafond bas où courent néons et gros tuyaux de chaufferie, un espace horizontal qui n'a pour tout mobilier - hormis les véhicules stationnés, aux aguets - que des containeurs sinistres et des bacs géants de récup. Certaines personnes se tiennent en retrait, observent, osent des petits gestes d’encouragement. D'autres m’adressent quelques mots au passage ou encore s’attardent pour me voir repasser.

Peut-être ont-ils l’impression qu’à force de faire du vélo dans leur stationnement, je travaille pour eux aussi, sorte de danse rituelle, incantation, transe vélocipédique qui viserait à faire venir le printemps plus vite. Malheureusement, j'en ai bien peur, je n'ai pas un tel pouvoir. Mais ce qui est certain c’est que l’hiver me paraîtra moins long!

Crédit photographique : 2 Bike garage par Theresa Redinger. Exposition de groupe Making Camp.

jeudi 3 décembre 2009

L'art urbain au quotidien



Ce dessin est de Gabi Campanario, un illustrateur qui fait partie du collectif Seattle Urban Sketchers, le dit collectif faisant partie d'un regroupement plus grand encore du nom de UrbanSketchers.

Les règles y sont simples. Peindre, dessiner 'sur le motif' (i.e. jamais d'après photo), au quotidien, dans la ville, et partager ses dessins avec d'autres artistes de partout dans le monde.

Les dessins, comme le nom du collectif l'indique nous présentent des scènes croquées chaque fois en milieu urbain, qu'il s'agisse de leur ville d'origine ou d'une ville visitée en voyage.

Ce site est une vitrine extraordinaire de vignettes croquées sur le vif, dans un café, sur une place publique, un intérieur, des portraits, des vues, très souvent des croquis architecturaux, mais aussi et surtout une gallerie de gens talentueux, créatifs et inventifs. On y prend vraiment le pouls de la vie urbaine, et le regard des artistes sur cette même vie urbaine, puisque leurs dessins opèrent une découpe dans ce monde foisonnant.

Pour moi qui suis si peu habile en dessin, c'est comme de suivre un cours puisqu'on y trouve très souvent, côte à côte, le dessin et le modèle. Tous les mediums y sont représentés, dont de magnifiques aquarelles, et, maintes fois, comme ici, le sujet est un vélo ou des gens à vélos, puisque la bicyclette est une bête urbaine qui vit partout sur la planète.

Pour le moment, je n'y ai repéré qu'une artiste de Montréal, Juliana Russo, et son choix de motif ne pouvait être plus montréalais... (voir à droite)

Les artistes qui souhaitent contribuer à UrbanSketchers sont d'abord incité à montrer leurs dessins dans le 'pool' Flickr des Urbansketchers, et de là, ils pourraient se voir inviter à participer au site principal.

Je trouve que dessiner sa ville, la vie urbaine quotidienne qui s'y déroule sous nos yeux, ce n'est possible que si l'on prend le temps de s'arrêter, que nous déambulions à pied ou à vélo. Écrire, dessiner, photographier, sont donc pour moi des vecteurs de cette préhension différente de la ville, une où la lenteur est souhaitée et célébrée.

NB Le site UrbanSketchers est abondament nourri par ses participants, et le fil des notes (des dessins) y défilent rapidement. Si vous n'y aller que rarement, attendez-vous à avoir à retourner en arrière (en cliquant sur 'old posts' au bas de la page) parce que l'ergonomie du site est telle que l'écran principal ne contient que très peu d'entrées récentes.

lundi 9 novembre 2009

Lecture de l'odomètre

La belle saison n'est pas terminée, mais on ne peut être dans le déni complet : elle tire à sa fin. Je passe en revue quelques objectifs que je m'étais donnés pour cette année. Mon bilan est plutôt positif. J'ai principalement utilisé mon vélo au détriment de la voiture. En fait, étonnament, beaucoup plus que je ne l'aurais cru possible au départ. J'ai aussi étendu mon rayon d'action, ajoutant à mes trajets habituels d'autres que j'aurais faits en voiture par le passé. Ma foi, je suis plutôt fière de moi. Sauf pour une chose. Un objectif non-négligeable. Pour ne pas dire le plus important de tous. Et pour cet objectif, c'est un quasi échec. C'est que j'aimerais ralentir. Ou devrais-je dire r-a-l-e-n-t-i-r. Ce pas qu'une mince affaire que de ralentir quand tout autour de nous file à toute allure, les voitures, les autres cyclistes, le temps. Je voulais partir plus tôt le matin, prendre mon temps, et au retour, flâner, trainer, changer de trajets, varier les trajets. Mais c'est un conditionnement si profondément enraciné que j'ai très peu réussi à ce chapître, dans le train train quotidien. Oh, je n'ai pas de peine à être méditative un beau dimanche après-midi, ou un samedi sur une piste cyclable quelque part en rase campagne. Ce n'est pas là qu'il y a un problème. Ce qui mine, c'est le stress lié aux trajets quotidiens en milieu urbain. Et c'est ce rythme là que j'ai peu infléchi. C'est donc un bilan mitigé pour moi.

Et vous, vous arrivez à ralentir ?
Vous avez des trucs pour ne pas suivre le troupeau des gens pressés ?

En terminant, un addendum à une note précédente : pas que je ne sois plus mercantile qu'une autre, mais j'avais entendu dire que si on utilisait son vélo de façon importante (beaucoup de km) pour aller au boulot, ça avait une incidence significative sur la prime d'assurance de son véhicule automobile, puisque du coup, ça diminue les km faits en auto. J'apprends donc ce matin que mes quelques 3000 km de vélo-boulot de cette année réduiront ma prime d'assurance auto d'un beau gros 53$ par an, soit environ 1$ par semaine. Je crois que les assureurs ont du chemin à faire, pas mal de chemin à faire - sans mauvais jeu de mots - avant d'appeler ça un incitatif. Vaut mieux en rire!

Crédit photographique : http://www.flickr.com/photos/sosico/3729900060/ / CC BY-NC-ND 2.0

samedi 31 octobre 2009

Accro de vélo, êtes-vous dans le déni ?

Mon épiphanie – je suis une cycliste urbaine! - fut par un beau matin de printemps quand je me suis surprise à mentalement fragmenter la liste d’épicerie en autant de mini-listes qu’il y avait d’articles à se procurer, dans le but précis d’aller chercher ces articles, tout au long de la semaine, dans des épiceries, ou boutiques spécialisées, ailleurs, dans d’autres quartiers, loin, et non pas dans les épiceries près de chez nous. Là, j’ai compris que j’était ‘faite’, que j’étais devenue une accroc du vélo urbain.

Dans mon cas, de nombreux autres signes et comportements auraient dû me faire prendre conscience de mon état. Comme le démontrent les faits qui suivent, j’étais dans le déni.

Par exemple, quand j’ai senti que la meilleure partie de ma journée n’était ni le temps au travail ni le temps à la maison, mais bien mes temps de trajets entre les deux, j’aurais dû comprendre ce qui m’arrivait. Non ?

Quand j’ai fait une demande à Accès-Montréal pour avoir un lot dans un site de jardins communautaires, j’ai volontairement choisi un site loin de chez moi. La préposée, incrédule, me questionne. Elle insiste et me propose un site près de mon adresse de résidence, mais j’ai dû lui expliqué que je SOUHAITAIS avoir pas mal de vélo à faire pour m’y rendre plusieurs fois par semaine. Pathétique non ? Le bénéfice est double. Les balades fréquentes. Youppie. Et parce que j’ai choisi ce site moins populaire, je m’assurais d’obtenir un jardin à coup sûr au printemps suivant. Pendant que dans les sites plus populaires, au coeur de son quartier, il faut attendre des années. (Ce que je n'avoue pas ici c'est que tout ce jardinage me permettra de justifier l'achat d'une remorque, ou d'un vélo cargo. Voyez comme mon esprit de cycliste urbaine est devenu retord ?)

Ce que j’avoue plus volontiers : j’ai un signet/favori/bookmark pour le site de Météomédia à la maison et à tous mes boulots.

Je n’ai pas utilisé ma voiture pendant si longtemps cet été que j’ai perdu les clés et j’ai dû payer pour me faire refaire un nouveau jeu de clés chez le concessionnaire. Je peux attester que le ridicule ne tue pas.

Au début, je me percevais comme un automobiliste qui s’était remise au vélo. À quelques reprise, alors que j'étais à vélo, j’ai essayé de mettre les clignotants avec la manette des freins (avec résultats désastreux). Quand je voyais une voiture de police, j’avais encore le réflexe de me demander si j’avais bien mis sa ceinture de sécurité!

Puis, un jour, imperceptiblement, le vent tourne. On est désormais une cycliste qui se déplace à l'occasion en auto. Et quand ça arrive, on se prend à faire en auto son trajet de vélo, plutôt que de prendre les grandes artères. On descend une côte, et on souhaiterait être à vélo, pour prendre de la vitesse. On commence à détecter les faux plats même en voiture. On doit se retenir de démarrer quand on voit la lumière piéton tourner au vert alors qu’on est en auto.

J’ai vite trouvé que mes trajets quotidiens vers le boulot n’étaient pas assez long, et plutôt que de prendre le plus court chemin pour rentrer chez moi, je faisais de grands détours par d’autres quartiers, comme un enfant qui ne veut pas rentrer à la maison.

Je me suis surprise à ... mentir. ‘’Non, désolée, j’ai déjà pris un engagement’’. Mais en fait, vu la météo superbe, on se défile et on part se balader, explorer un quartier inconnu, une piste peu fréquentée.

On rentre à la maison, il n’y a rien pour préparer le souper mais on a des stocks bien garnis de ‘trail mix’ maison, de barres granola, et autres bouffes à manger à vélo.

Chaque heure de la journée où il fait beau et qu’on est coincé au boulot, on est frustré parce qu’on se dit qu’on pourrait être en train de faire du vélo.

Quand la première chose qu’on se demande à propos d’un nouveau boulot c’est comment si rendre, par rapport aux pistes cyclables, la distance à vélo, et s’il y aura du stationnement sécuritaire pour le vélo, si on pourra le rentrer à l’intérieur, tout ça avant de se demander quelques questions que ce soit à propos ... de la job elle-même. Là, ça commence à être de l'ordre de la pathologie.

Quand on commence à envisager des boulots moins intéressants, moins payants, parce qu’on trouve que ça ferait des supers trajets matin et soir.

Quand on se met à prendre en grippe un boulot trop près de la maison.

Quand on détourne l’usage du ‘stationnement incitatif’ en le considérant comme un endroit qui permet de faire à vélo des trajets qui seraient autrement trop long. On s’y rend en voiture, le vélo sur le support à vélo, et on part de là pour sa destination.

Quand on choisit - où qu’on change - de magasin, boutique, resto, parce qu’il n’y a pas de bons endroits où verrouiller le vélo. Même chose pour les cinémas. Quand la sécurité du vélo nous dicte le film qu’on ira voir ce soir.

Quand mes collègues de travail sont très inquiets, voir alarmés, lorsqu'ils se rendent compte que je suis venue au travail en auto, même par un jour de pluie et de vents violents.

Quand la première préoccupation après une blessure n’est pas les problèmes de mobilité, ou problèmes d’absentéisme au travail et les pertes de revenus que ça entraîne, mais la frustration de ne pas pouvoir se déplacer en vélo pour un moment.

Quand DEUX jours de suite sans aller au travail à vélo me mène au bord de la crise de nerfs.

Bref, tout ça, ça ne ment pas. Comme on dit : mon cas est réglé. J’assume maintenant pleinement ma condition. Par exemple, ce soir j’ai un choix déchirant à faire. Je suis convoquée en entrevue pour une job. Quelle est ma première réaction ? Oh, il fait si doux en ce 31 octobre, ce serait un parcours superbe à faire en vélo! Dilemne : il pleut, y aller en vélo, je vais arrivée plutôt défraîchie. L'apparence étant au nombre des critères d'emploi partout, quelle que soit la job, je risque de ne pas avoir le boulot à cause de ça. Y aller en voiture ? Qu’est-ce qui va primer : le désir de faire ce trajet à vélo, alors que les beaux jours sont comptés, ou le besoin que j'ai d'obtenir ce boulot ? À suivre.

Et vous, à quel moment, à quel signe vous êtes-vous avoué à vous-même que vous étiez accro du vélo urbain ? Êtes-vous un accroc pleinement assumé ? Ou encore dans le déni de la chose ? Allez, avouez! Après tout, on est entre nous.

En terminant, un page pleine d'ironie sur le sujet, malheureusement en anglais.
(Pour ceux et celles qui ne lisent pas l'anglais, Babelfish fait habituellement un travail potable à traduire les contenus.)

Illustration : Sur un thème qui remonte à la première Grande Dépression (1929), une affiche créé par l'illustrateur Nick Dewar et dont on peut trouver une version gratuite en format pdf sur ce site.

lundi 19 octobre 2009

Parcours obliques

Je l’appelle la Des Carrières. Par erreur, par ignorance, par paresse. La première fois que je l’ai empruntée c’est que j’étais dans la lune. Je sais, c’est plutôt déconseillé d’être dans la lune quand on pédale en ville. Même très fortement déconseillé. Mais il y a des moments où c'est tellement méditatif, tellement zen de pédaler... Bref, je roulais en direction sud, sur Boyer, et je suis passée tout droit à St-Zotique, où j’aurais dû tourner vers l’est. Voilà que je me retrouve sur la rue Des Carrières. Je n’avais pas non plus vu le petit détour dans le parc Des Carrières, soit juste au nord de Des Carrières, côté est de Boyer, qui m’aurait fait continuer mon chemin sur Christophe-Colomb direction sud, jusqu’au parc Laurier. Me voilà donc sur Des Carrières, le nez face à une clôture du plus pur style Frost, et je vois une bicyclette emprunter un petit couloir qui s’engouffre le long de la voie ferrée en direction est. Je file à sa suite.

Wow. L’impression de rouler au-dessus de la ville – on file sur des viaducs qui enjambent des rues telles que Papineau et Delorimier - et par moments, on se sent transporté, complètement ailleurs, là où les clôtures sont recouvertes de lierres, là où les immenses murs de ciment, le derrière d'usines qui bordent la piste, sont transformés en vastes fresques de graffitis où des gangs rivales se tiennent probablement des conversations que je ne saurais déchiffrer. Un long sentier où il n’y a que quelques joggeurs et cyclistes. Un oasis. On croit rêver.

Me voilà qui descend vers l'est, et aucune idée où j’aboutirai. Après à peine quelques minutes, je me retrouve coin Masson et Iberville, avec l’envie de reprendre la piste en sens inverse et de recommencer. Manque de temps, je passe mon tour ce jour là. Je rejoins la piste cyclable Molson, qui elle m'amène à la Rachel.

Depuis cette découverte fortuite, j'emprunte plusieurs fois par mois cette piste cyclable qui va de Clark, à son extrémité ouest, jusqu'à Masson à son extrémité est, en longeant la voie ferrée du Canadien Pacifique, tout du long de la rue Des Carrières, puis de la rue Dandurand. Chaque fois, je trouve que ça va trop vite, que c'est trop court. J'en reprendrais encore, j'en redemande. Bien entendu, le rapport qu'on a à un lieu est hautement subjectif. Pour d'autres, cette piste est peut-être la plus sinistre de Montréal. Mais pour moi, c'est chaque fois l'impression de sortir de la 'grille' des rues montréalaises.

Pendant des années, on roule en voiture dans une ville qu'on croit bien connaître, sinon toute la ville, à coup sûr certains quartiers. Et puis, la conduite automobile, c'est une pensée à angle droit, une pensée rectiligne. Le plus court chemin ne répond pas aux mêmes impératifs que le vélo, c'est certain, parce que quand on est autopropulsé, la logique est forcément, pour ne pas dire férocement, différente.

En vélo, plus souvent qu'en voiture, on fait des trajets parsemés de diagonales. Et dans cette logique de diagonales, la piste Des Carrières est une belle oblique dans le quadrillé des rues du Plateau et de Rosemont, oblique à laquelle s'ajoutent toutes les autres diagonales improvisées, celles qu'on fait quand on coupe par un parc, un stationnement, une ruelle.

Quand on se déplace exclusivement en transports en commun, et que l'on accède à la ville par les sorties de métro, on a une sorte de connaissance de la ville qui est fragmentaire, comme si on vivait dans une vaste termitière. On connaît les quartiers autour de ces points nodales, mais on ne fait pas nécessairement tous les liens entre tous ces endroits. Un peu ce qu'illustre si bien les chroniques Métro roulette.

Pour l'automobiliste, c'est presque le contraire, on connaît tous les trajets, et ce qui se trouve sur ces trajectoires, mais des grands pans de la ville nous sont inconnus. Comme un grand gruyère plein de trous. Dans tous les cas, notre image mentale de la ville est toujours tributaire de notre mode de préhension. Et chacun de ces modes a son propre réseau de trajets, et sa propre échelle.

Arpenter la ville en vélo, pour moi, c'est de relier tout ça. C'est de redessiner toutes ces images mentales que j'avais de la ville, remplir les trous, redessiner les trajets, réécrire la ville. C'est de sentir physiquement les distances, de comprendre les rapports entre les différents quartiers, leurs voisinages ou leurs cloisonnements, selon le cas. C'est une connaissance, comment dire, plus organique de la ville. Et à la préhension physique, géographique, se superpose l'épaisseur du temps, l'histoire. Cette rue Des Carrières par exemple, de par son simple nom nous rappelle l'époque où ce secteur de la ville exploitait des carrières. Une époque où la rue Des Carrières était 'en dehors' de la ville. Et la présence imposante de l'incinérateur de la Ville de Montréal, lui aussi témoin d'une autre époque.

Au sujet de l'art de se perdre : A field guide to getting lost par Rebecca Solnit. (Elle a aussi écrit en français L'art de marcher.) Tout à la fois essai autobiographique, essai philosophique, et histoire de l'art et de la culture. Un traité sur l'art de découvrir ce qu'il y a de l'autre côté du familier et du connu.

Sur la stratégie de la diagonale ou de l'oblique : les indispensables Stratégies obliques de Brian Eno et Peter Schimdt. Pour tout ceux et celles qui ont à être créatifs dans leur travail ou dans leur vie, et quelque soit la nature du travail, ou du problème à régler : un simple jeu de cartes qui existe en version Widget pour Mac, ou en format liste sur internet, en français et en anglais, et dans quatre éditions différentes. Ces stratégies obliques, sont autant de phrases, idées, consignes, des pistes de solutions, des portes de sortie pour toutes nos impasses mentales, nos cul-de-sac créatifs, nos résolutions de problèmes qui tournent en queue de poisson. Et à chacun d'ajouter ses propres cartes au jeu.

Crédit photographique : Incinérateur du nord, à l'arrière des écuries, au 1500 rue des Carrières, 1930. VM94,Z90-3. Source : Archives de la Ville de Montréal sur Flickr.

mercredi 7 octobre 2009

Voyage en Amérique avec casque à vélo (suite)

J'ai oublié de dire que pendant ce voyage, l'un de mes réels bonheurs fut l'auto-cueillette ... à vélo. Je m'explique.

Les mûres, ce sont mes fruits préférés. Je les attends tout l'été. Là où je sais que je vais pouvoir aller en cueillir, j'y vais régulièrement et je les épie. Y en aura-t-il beaucoup ? suffisamment pour les oiseaux et les humains, de ces mûres exquises et tant attendues ? Jour après jour j'espère. L'été sera-t-il trop frais ? Trop chaud. Certains étés, la saison chaude n'est pas assez longue sous nos latitudes pour que les fruits mûrissent avant les premières gelées, et parfois, tout est perdu sans que nous ayons gouté une seule baie. Mais quand la saison est parfaite, jours chauds, nuit fraîches, les petits fruits sont mûrs, gorgés, et la récolte est bonne. On a alors que quelques jours pour les cueillir, rarement plus d'une semaine. Et au prix de se déchirer les doigts sur ces buissons épineux, on cueille tout ce qu'on peut, et on revient les mains et le t-shirt tachés : enfin, c'est la fête ! Natures ou en muffins, en confitures ou avec de la crème glacée.


Mais cette année, oh horreur, je savais que je manquerais ma cueillette de mûres, que je ne serais pas revenue de voyage, et qu'à mon retour, il serait trop tard... Mais c'était sans compter sur mon ignorance de la flore de la côte ouest américaine ... Pendant les semaines passées en Oregon, j'ai découvert avec stupéfaction que mon fruit préféré y pousse comme de la mauvaise herbe sur le bord des routes PARTOUT!!!!

Alors, chaque matin, je partais en vélo, avec un gros contenant de plastique bien attaché sur le support arrière, et j'ai fait des récoltes rien de moins que spectaculaires! J'ai ainsi cueillie des mûres en pleine ville, sur le bord des fossés, derrière des stationnements d'hôtels, près de parcs municipaux, sur le bord des routes, etc. Chaque ballade en vélo devenait une occasion de localiser de nouveaux endroits de cueillette où je revenais le lendemain.


Voilà que je me prends maintenant à rêver d'un gros cargo bike avec lequel je pourrais aller aux fraises en juin, aux courgettes en juillet, aux pommes en septembre, alouette! Bon, on se calme le pompon. Pour l'heure je vais me contenter d'aller au marché public avec ma paire de sacoches à vélo.

Tarte au mûres On the road

Une croûte à tarte de type 'biscuits Graham', achetée toute faite et qui ne nécessite aucune cuisson. On y étend, une fois bien mélangé et rendu homogène: un gros paquet de fromage en crème, la moitié d'une conserve de lait condensé (Eaglebrand), tout le jus d'un citron frais. Et l'on recouvre le tout de petits fruits. À partager.

vendredi 25 septembre 2009

Tout compte fait

Petit matin frisquet pour un trajet matinal du quartier St-Michel jusqu'au Vieux Montréal. Mais je ne me plains pas, bien au contraire. Je me réjouis de chaque journée additionnelle où je peux aller au boulot à vélo. Pour le pur plaisir de la dépense physique. Pour le bonheur d'être dehors au moins pendant ces courts trajets de l'aller et du retour. En fait, il arrive même que ce soit les meilleurs moments de ma journée. Avouons-le, tous les boulots ne sont pas ... transcendants. Et puis, en ce mois de septembre, c'est un peu comme un compte-à-rebours vers le temps froid et l'hiver.

Mais ce matin, précisément parce que je me dirigais vers le Vieux Montréal, je pensais aussi aux coûts liés au travail au centre-ville. Et pendant que je moulinais dans l'air frais, je faisais mes comptes. Et plus je compte, plus j'appréhende les frais qu'entraînera pour moi le retour de l'hiver.

Comme travailleuse autonome confrontée à la logistique d'un grand nombre de déplacements quotidiens, cueillettes et livraisons de boulots, et la plupart du temps, pour de courtes visites, le transport en commun n'est pas l'idéal, particulièrement en dehors des heures de pointe parce que je passerai littéralement ma vie dans le métro et dans l'autobus à quadriller le Montréal métropolitain dans tous les sens. Quand la saison ne sera plus propice au vélo, je devrai donc me résoudre à nouveau à prendre la voiture. Yuk! Triple yuk.

Depuis la dernière hausse de tarifs des parcomètres de la Ville de Montréal (et celles des stationnements publics et privés qui suivit immédiatement), c'est qu'il faut avoir les poches bien garnies pour s'amener en voiture sur l'île de Montréal, et tout particulièrement dans le centre-ville ou le Vieux-Montréal.

Mais ce matin, mon rapide calcul me fait sourire : je sais que ce vélo, acquisition que je ne pouvais justifier rationnellement au moment de son achat, sinon qu'il répondait au pur principe de plaisir, s'est complètement rentabilisé en moins de temps qu'il ne m'en faut pour dire parcomètre !

L'argument économique en faveur du vélo n'est plus à faire. Je le sais. Mais pour les quelques sceptiques qui restent, je vous le dit : à 3$ de l'heure le parcomètre, et à 12$, 15$, 18$ et parfois plus, pour à peine une demie-journée de stationnement, il a fallut moins d'une saison pour rentabiliser ma monture. Parce que non seulement je calcule les coûts de stationnements, mais l'essence en moins, moins d'usure sur le véhicule. Et fini les copieuses contraventions pour parcomètres expirés !

Comment serai-je récompensé pour cette belle action citoyenne d'avoir remplacer une voiture par un vélo dans la circulation montréalaise : en payant plus d'impôts à la fin de l'année. En effet, pour les travailleurs autonomes, une partie des coûts liés a l'utilisation d'un véhicule automobile sont des dépenses admissibles. Mais à ce que je sache, le Ministère du Revenu ne prévoit rien pour le vélo, son acquisition, son entretien, les sacoches, le porte-bouteille, le cadenas, alouette. Vivement une réforme de la fiscalité pour les cyclistes!

lundi 21 septembre 2009

Voyage en Amérique avec casque à vélo

Je reviens d’un long voyage où j’ai visité plus d’une douzaine d’états du MidWest et du Nord-Ouest américain et j'ai été à même de me rendre compte tout au long de ce voyage que ma pratique urbaine de la bicyclette avait clairement redéfinie ma façon de voyager ailleurs.

Je suis une cycliste ordinaire. Rien d'héroïque. Je fais les courses à vélo. Et c'est aussi à vélo que je me rends presque chaque jour à mes divers boulots dans le grand Montréal. L'adoption de ce nouveau mode de transport depuis avril dernier m'a d'abord fait redécouvrir les quartiers de ma ville, faisant de moi une touriste dans mon propre milieu.

C'est probablement pourquoi, bien que ce n’est pas le premier long voyage que je fais en sol nord-américain, c’est le premier où il me semblait tout naturel d’apporter mon vélo. Je ne pouvais pas m'imaginer être des semaines, des mois, sans vélo! Et l'idée de me déplacer constamment en voiture dans des villes et des villages à découvrir me répugnait tout à coup. Donc, pour ce voyage ci, c’est AVEC bicyclette à bord, et grâce à elle, que j’ai pu visiter des lieux fabuleux.

Je pense à une piste cyclable le long du fleuve Columbia, en Oregon. J’y ai observer un aigle adulte qui pêchait sous mes yeux, et retournait nourrir les aiglons dans un de ces nids juchés sur des plates-formes, bâties dans le cadre de programme de réintroduction de cette espèce.

C’est aussi sur cette piste cyclable que j’ai pu voir de visu, à mes pieds, toute la flore particulière des ‘high deserts’ (déserts en altitude) que je n'avais entre aperçue jusque-là qu'au loin, sur les flancs des montagnes, dans les ravins d'autoroutes. J'ai pu m'enivrer des odeurs particulières de cette flore si différente en pédalant dans la chaleur de la fin de l'après-midi par une chaude journée d'été.

Je pense à des petits centre-ville et quartiers historiques où c'eût été l’enfer de circuler en voiture. Par exemple, Rapid City dans le Dakota du Sud. Une ville qui, même avec la multiplication des commerces de type big boxes tout le long de son Interstate, a su conservé un centre-ville vivant et dynamique, bien garni de boutiques, galeries, restos, et divers lieux d'intérêts historiques.

Je pense à de plus grosses villes, j’ai nommé la mecque de l’intégration vélo-transports en commun : Portland, Oregon. Quel bonheur ! Presque l'impression d'avoir sous les yeux une utopie pour piétons et cyclistes.

Je pense à Ogden, en Utah, où j’ai pédalé tout mon sou dans des vergers de citronniers, d'abricotiers, de cerisiers, dans une vallée située entre un vaste plan d’eau à l'extrémité nord du Grand lac salé et les Wasatch, montagnes chauves à l’allures de paysage lunaire.

Et nombre de petits bleds qui, s’ils paraissaient sans grand charme à l’arrivée, haltes où nous séjournions dans des campings génériques, interchangeables, se sont révélés être des lieux merveilleux, transformés grâce à une simple ballade à vélo, randonnée qui non seulement changeait mon rayon d’action et de découverte, mais me permettait de découvrir les choses dans un rapport de proximité, et où, tout à coup, tout était au rendez-vous, les choses, les gens, l’esprit du lieu. La magie des lieux opérait complètement.

Quelqu’un a dit : il n’y a qu’en auto que le monde est plat. En effet, piétons et cyclistes savent que le monde n’est ni plat, ni platte. J’ai savouré ces journées rendues délicieuses par l’absence du stress lié à la sempiternelle quête du stationnement dans une ville qu’on ne connaît pas. Et chaque jour, oh combien j'ai goûté ce que le vélo provoque invariablement : ce ralentissement salubre, pour ne pas dire nécessaire, du rythme de la vie.

Même dans des tout petits bureaux d’information touristiques, kiosques saisonniers établis au sein de petits commerces locaux, j’ai été surprise de constater que lorsque je demandais la carte des pistes cyclables, l’on me remettait presque toujours quelque chose. De la carte couleur, format géant, papier glacé, jusqu’à la simple photocopie n&b, 8 1/2 x 11, en passant par un travail laborieux du préposé, traçant au surligneur directement sur un exemplaire de la carte routière officielle, le réseau embryonnaire des pistes de sa localité. Chaque fois, les gens, avait un tel enthousiasme à nous informer, nous diriger, presque du zèle! Comme si nous étions, enfin arrivés, nous, des touristes d’un genre nouveau qu’ils attendaient sans y croire.
Visiblement, la tendance - du touriste qui débarque avec son vélo - est en train de changer les pratiques touristiques, jusque dans les confins de l’Amérique profonde.

Peut-être ferons nous mentir le dicton Vietato introdurre cicilette* - dénonciation mi-drôle mi-amère dans un fragment du même titre par l'écrivain Argentin Julio Cortazar dans son recueil Cronopes et Fameux.

Je ne peux m'empêcher de penser à des voyages précédents, entre autres ceux effectués en Georgie, en Alabama, dans le Sud profond, et à comment ces voyages auraient été si différents si j’avais eu ... deux roues plutôt que quatre. Il y a tant de choses à voir et à faire, et malheureusement trop peu de temps et d’argent! Mais à coup sûr, il n'est jamais trop tard pour changer sa façon de voyager et de voir le monde.

*bicyclette interdite

Photographie : À Hardin au Montana, le propriétaire d'un petit camping a décidé de ceinturer son terrain de vieilles bicyclettes. Il a commencé par deux bicyclettes 'vintage', qui lui avaient appartenues en propre. Puis les habitants du village ont trouvé l'idée sympatique, et il lui ont apporté d'autres bicyclettes. Au fil des ans, la clotûre improvisée s'est étendue jusqu'à maintenant faire presque tout le tour de son camping.

mardi 19 mai 2009

Morning Cycle Around Town with Opus


Photo : miss604
« I'm not sure what happened with the exposure on my photos but I actually kinda like this look »

Très sympathique article à lire sur le blogue de miss604 qui découvre le cyclisme urbain via notre Cervin.
Morning Cycle Around Town with Opus