dimanche 20 décembre 2009

Cher Père Noël

Si ma vie se réduisait à être une cycliste, c'est-à-dire si, ne serait-ce que l'instant de cette note sur Urbanista, si je pouvais faire fi de tous les autres drames et misères du monde (qui sont, il va sans dire un tetragodzillion de fois plus importants et sérieux), voici ce que je mettrais sur ma liste pour le Père Noël :

Il y a à peine quelques jours, encore un accident impliquant vélo et voiture, à quelques coins de rue de chez moi sur la piste Molson. Donc, je demanderais moins d'accidents en 2010. Chaque incident en est un de trop. Et pour avoir été happée par un chauffard (non pas comme cycliste, mais comme piétonne) il y a de cela bientôt 18 ans, je parle par expérience. Corps humain VS véhicule en mouvement ? Nos chances sont toujours infinitésimales de s'en sortir vivant-e et/ou en état de poursuivre notre route, au propre comme au figuré. S'en est assez. Donc, que le Père Noël nous apporte de la vigilance en masse, tant comme cyclistes que comme automobilistes, vigilance de tous les instants, et beaucoup de gros bon sens aussi (le bon équipement, les bons comportements), et quelques bonnes grosses pelletés de civisme et de patience les uns envers les autres. Qu'est-ce qu'on a donc tous à courir pour gagner quelques secondes ici et là, pourquoi s'entêter à poursuivre cette course absurde vers un fil d'arrivée imaginaire ...

Je demande au Père Noël de mettre dans les bas de Noël de nos décideurs des cartes de pistes cyclables, et un rappel de toutes leurs belles promesses. De leur donner de l'insight, de la vision, pas juste des bonnes intentions. Penser la ville de demain autrement qu'en termes de patchage de trous, ou à simplement essayer de rattraper les besoins connus, c'est-à-dire les besoins d'hier. Il faut penser demain, être visionnaires bon sang! Un peu de courage politique pour ces messieurs et dames.

Ditto pour les responsables du déneigement sur les ponts et chaussées, afin que le 'réseau blanc' ne soit pas une vue de l'esprit, mais une réalité pour ceux et celles qui roulent à l'année. L'hiver est à peine entamé et c'est pitoyable, en particulier sur les rares liens fluviaux.

Sur une échelle plus personnelle, je demande au Père Noël de me donner le temps de réviser mécanique de vélo 101, pour que je sois un peu moins tarte quand je me pointe quelque part pour une réparation ou un ajustement.

Mais surtout, et plus égoïstement, je demande au Père Noël de me trouver un preneur pour mon tank (i.e. Batavus) d'ici le printemps, afin de financer le remplacement de mon Classico actuel pour un Opus avec suspensions. C'est que les rues de Montréal n'épargnent ni le popottin, ni le portable qui est parfois à bord.

Bon, là il faut que je sois super gentille pour avoir tout ça.
C'est dur dur d'être super gentille.
Tellement plus agréable d'être canaille.

Bons congés des Fêtes à tous!

Photographie : Bicycle and antique. Cathy Stanley-Erickson.
http://www.flickr.com/photos/madcitycat/ CC BY-ND 2.0

mardi 15 décembre 2009

La Dolce Vita

Un peu de graphisme... Annonce pleine page pour le Nuovella, à paraître dans le magazine Momentum hiver 09.

Comme ce vélo était inspiré d'une Vespa des années 50, il était naturel d'illustrer le Nuovella dans un contexte visuel italien tel que celui de la dolce vita de Frederico Fellini. Marcello Mastroianni et Anita Ekberg

samedi 12 décembre 2009

À hauteur de selle

Dans une des scènes clés du très beau film La société des poètes disparus, le professeur – incarné par Robin Williams – fait la leçon à ses étudiants : tout est une question de point de vue et de perspective. Il leur demande de monter sur leur pupitre et de constater comment même la réalité la plus banale – leur classe – est différente envisagée à partir de ce nouveau point de vue. La question du point de vue, de sa singularité, se pose à chaque fois que l'on prend la parole, quelle que soit le medium choisi. Tout est affaire de point de vue, de perspective. Leçon qu'ils auront intégrée, comme l'illustre, mémorable, la scène finale du film.

L’histoire de la peinture est en partie, bien que pas exclusivement, une histoire de la représentation, une éducation du regard, et une interrogation sans cesse renouvellée de la question du point de vue. Pour exemple, deux contemporains. Picasso qui, visionnaire, illustre dans ses toiles cubistes la multiplicité et la simultanéité des points de vue. Pas joli joli, mais oh combien brillant! Je pense à l’artiste Allemand Gerhard Richter, dont le Musée des Beaux-Arts de Montréal possède une oeuvre de très grand format, et où l'on voit un paysage, flou, comme une photographie hors focus, une oeuvre qui brouille du coup les frontières entre peinture et photo. Meadowland est une de ces toiles qui fonctionne un peu comme ça.

Et le vélo dans tout ça !!!??? me direz-vous.

J'y arrive.

Plus près de nous, le canadien Alex Colville, un peintre hyperréaliste, nous donne souvent à voir ce que plusieurs fins observateurs auront appelé le low-car-seat level. En effet, quand on regarde certaines de ses toiles, on a l’impression de voir la scène comme si on était assis en voiture, arrêté en bordure de la route, observant la scène alors qu'on est à cette distance précise du sol.

C’est en fréquentant des photoblogs de cyclistes-photographes que j'ai repensé aux oeuvres de Colville et à son point de vue singulier d'automobiliste Nord-américain qui voit la vie de sa voiture.

Si on entend par point de vue, un discours politique, il ne fait aucun doute qu'il existe un et même des points de vue cyclistes. Mais ici, je ne fais pas référence au discours politique. Plus bêtement, je me demande si on peut identifier un point de vue bike-seat-level , en regard à "hauteur de selle" ?

J'essaie de porter attention au style photo des cyclistes-photographes, je cherche à reconnaître une esthétique qui leurs/nous serait commune. Une sorte de signature visuelle, faites de plusieurs éléments qui pourraient s'y retrouver ou pas. La crystalisation d'un regard qui lit la ville et ses objets à partir de la vie à vélo, une représentation de la ville qui ne serait ni celle de l’automobiliste ou du piéton, une esthétique visuelle propre à la gente autopropulsée. Tant dans la manière que la matière de cette photographie là. Des thèmes, des cadrages, un registre - la proximité, un rapport plus intime aux lieux, une vision en mouvement, etc.

Je dis ça comme ça. Peut-être que c'est du délire. Peut-être que c'est déjà l'effet du manque de vélo. L'hiver va être long...

Sources/crédits (dans leur ordre d'apparition) :
Jeremy Hugues. Condor in the snow. Jeremy Huges's photostream sur Flickr.
Alex Colville.
Cyclist and Crow. 1981. (Tiré du catalogue en ligne du MBA de Montréal).
Pörrö. Vauhissa. 2007. The thrill of Cycling sur Flickr.

jeudi 10 décembre 2009

Privatopia

À la fin de mon secondaire, je me souviens d'un prof qui nous a fait tellement suer dans le cours de géographie. Il s'était mis en tête de nous apprendre ce que c'était le phénomène urbain, alors que ce n'était pas au programme. Juste parce que ça le branchait. Juste parce que lui, il était à faire des études en urbanisme. Bref, pendant que les autres groupes se la coulaient douce, nous on trimait dur, et on était vraiment ... cancres. Pauvre prof de géo. Comme il devait nous trouver p-é-n-i-b-l-e-s. Et paresseux. Et empotés!

Je dois donc à son acharnement le fait que je peux à peu près réciter le nom de toutes les ex-républiques Soviétiques, devenues aujourd'hui autant de pays aux statuts flous et instables, constament dans l'actualité politique du village global, ainsi que toutes les provinces de Chine. C'est qu'il était visionnaire notre prof de géo, et qu'il savait que ces coins du globe seraient des points chauds.

Mais surtout, surtout, je lui dois de pouvoir comprendre une ville, du moins en partie, et ce avant même d'y débarquer. Il nous a appris à décoder la ville, à lire les cartes, comprendre les zones, l'organisation, la dynamique d'une aglomération urbaine. Un miracle que tout ça me soit rentré dans la tête!

La ville, c'est une bibitte plutôt complexe. Et si on ajoute à ça les banlieues, le phénomène de l'étalement urbain, les cas de figures sont légion.

Quand on est à vélo, on parcours la ville. Non seulement on prend la mesure de l'espace, des distances, mais on prend vraiment acte, physiquement acte, de la transformation de cet espace au fil des projets, des développements, des réaménagements.

On observe récemment des phénomènes qui font beaucoup réagir dans le grand Montréal. Je pense au quartier Dix30 de Brossard. Au projet Griffintown à Montréal. A la multiplication des quartiers de MacMansions - genre de méga-bungalow sur les stéroïdes, apothéose du consumérisme.

La ville, en particulier la ville nord-américaine, c'est un langage complexe. Bien sûr, il existe 73,247 livres sur le sujet. Mais la vie est courte. On peut pas tout lire. Alors, pour avoir un peu plus prise sur ce glossaire, voici un petit dictionnaire visuel, concis, percutant :
A field guide to sprawl (traduction libre : guide d'interprétation de l'étalement urbain) dont les textes sont de Dolores Hayden et les photographies de Jim Wark.

Principalement composé de photographies pleine pages, ce petit guide se feuillette avec bonheur. C'est qu'on a enfin des mots pour nommer cela même qu'on a vu de nos yeux vu! Cela même qu'on aurait peut-être envie de... dénoncer. Et pour ça, ce serait bien pratique de pouvoir nommer la dite chose qui nous irrite. Comme ces quartiers conçus sans aucun trottoir pour les piétons. Ou les centres commerciaux lovés dans la bretelle d'un autoroute, encore un lieu inaccessible aux cyclistes et aux piétons.

Des mots pour articuler nos désirs de commerces de proximité, de quartiers sécuritaires, de densité de population en milieu urbain, pour que ne meurt pas la ville centre au profit des banlieues. Pour que les banlieues elles aussi soient des milieux de vie à échelle humaine.

Une Privatopia, c'est un quartier à accès limité, où des lois et règlements sont édictés et suivis par les résidents, soit sous prétexte d'une plus grande sécurité pour chacun, ou dans le but de regrouper des ménages partageant le même statut social élevé.

PS Le guide n'est pas traduit pour le moment, mais comme il s'agit d'un glossaire visuel, la lecture en est assez aisée.

lundi 7 décembre 2009

Artiste en vélo - Melsa Montagne

3 questions à propos du vélo ont été posées à différents artistes.



Melsa Montagne est une jeune peintre montréalaise dynamique et créative qui s'est joint, il y a quelques années, à un concept de duo musique et peinture, le groupe Acrylique Acoustique. Le vélo est pour elle un art de vivre. Il fait partie inhérente à sa vie urbaine.
www.melsa.ca



Q - Melsa, qui êtes-vous?

Melsa Montagne - Authentique et spontanée, je trouve mon inspiration à travers les réactions et les émotions que projettent les gens. Le personnage singulier m’inspire. Une simple promenade dans mon quartier me fait souvent créer deux ou trois œuvres. Travaillant rapidement et sur plusieurs œuvres en même temps, mon choix de médium s'est vite fixé sur l’acrylique. Je recherche beaucoup le retour à la toile lorsque qu’une profondeur s’installe. Je vais mixer le « dripping » aux aplats de couleurs plus graphiques que je fais préalablement. J’utiliserai alors l’encre de chine noir, pour cibler et pour accrocher l'oeil sans pour autant laisser une note malheureuse.

Constamment à la recherche de contrastes forts et signifiants, je m’inspire beaucoup d'anciennes sérigraphies et d’illustrations. Le résultat de certaines de mes erreurs me donne une ouverture sur d’autres avenues. Elle m’aide à créer. Mes œuvres témoignent d’une conscience de la matière. J’y incruste des collages noirs et blancs d’architecture que j’ai pris en photo. Mais mon geste reste souvent spontané.

En 2005, je me propulse dans l’univers public et y prends goût. Développant une aisance à créer rapidement une œuvre en direct dans divers événements, je me joins au musicien Sébastien Moreau, guitariste, du groupe Acrylique Acoustique pour poursuit cette recherche en donnant mensuellement des spectacles à travers le Québec. Parallèlement, j’expose par-ci, par-là, dans les régions de Montréal.

Q - Pour vous, que représente le vélo?

Melsa Montagne - Le vélo est pour moi un idéal de transport, une liberté sur deux roues! J’ai une sensation d’appartenance sur mon guidon… je me sens moi! C’est mon indépendance.
Il est lié à un certain confort, une habitude de vie qui fait bouger. J’adore pédaler et avancer sur la route où l’on ressent l’impact direct de la nature. C’est tellement plus motivant pour continuer à rouler. Peu importe l’état et la sorte de bécane, il est MON mode de déplacement, autant pour le travail que pour le loisir.
Si on parle environnement, je n’ai rien d’autre à dire que dans le meilleur du possible, on devrait tous se déplacer en vélo. Il n’y a que des avantages! Je vous mets au défi de venir me dire qu’il est impossible dans votre cas de l’utiliser pour certains de vos déplacements, et je vous trouve une solution!

Q - Quelle influence a le vélo sur votre quotidien et/ou sur votre création?

Melsa Montagne - Je n’ai pas besoin d’un but spécifique pour prendre mon vélo. L’amour du vélo m’est assez imprimé pour avoir toujours envie de le prendre.
Côté transport, pour l’efficacité versus temps du vélo à titre de rendez-vous, c’est génial! C’est le temps de sortir ses talents de planification d’horaire...

Il me donne satisfaction émotionnelle, psychique et physique.
Juste pour la sensation physique intérieurement lorsqu’on a est arrivée à destination et qu’on reprend son souffle. Quel bien fait! Plus je pédale, plus l’envie de créer me prend et je suis prise entre l’envie de continuer celui de peindre. Alors, j’ai souvent les 2 avec moi, dans mon sac à dos! Je me dois d’avoir un porte-bagages spécialement conçu pour le transport de mes œuvres lors de mes accrochages et décrochage pour mes expositions. Quel bonheur mon autonomie aurait!

Q - Comment le vélo vous fait voir la ville?

Melsa Montagne - J’opte pour le trajet différent chaque fois que je vais quotidiennement à un endroit. Tout est près en ville et il y a tellement à voir qu’on ne peut se limiter à un chemin.
Spontané, le vélo me suit… là où je ne sais pas où je vais… et je découvre. La ville est meilleure et authentique si on la prend telle qu’elle est, lumineuse, brumeuse, froide ou chaude. Le vent nous dit : « habille-toi en conséquence! »






crédits photos et films
- Dans l'atelier : Marjolaine Dionne
- Peinture en direct (avec caméraman à côté) : Simon Gaudreau
- Peinture en direct (mes mains qui peind en bleu)
: David Fraser
- Peinture en direct (avec la ''guenille'') : David Fraser
- Peinture en direct (le visage violet) : David Fraser
- Exposition au Barbare : Karine Léger

- Vidéo / teste de texture, séquences photos : David Fraser

Fermeture du pont Jacques-Cartier

« Avec l’arrivée du temps froid, ainsi que sur la base des prédictions météorologiques d’Environnement Canada pour les prochains jours, la piste cyclable située du côté ouest du pont Jacques-Cartier et le trottoir situé du côté est du pont fermeront officiellement pour la saison 2009, tôt en matinée (5h) ce mercredi 9 décembre. Nous vous aviserons au printemps, lorsque la piste sera à nouveau ouverte. Bon hiver à tous. »

Jean-Vincent Lacroix Conseiller - AGC Communications

Photo : Alec

jeudi 3 décembre 2009

L'art urbain au quotidien



Ce dessin est de Gabi Campanario, un illustrateur qui fait partie du collectif Seattle Urban Sketchers, le dit collectif faisant partie d'un regroupement plus grand encore du nom de UrbanSketchers.

Les règles y sont simples. Peindre, dessiner 'sur le motif' (i.e. jamais d'après photo), au quotidien, dans la ville, et partager ses dessins avec d'autres artistes de partout dans le monde.

Les dessins, comme le nom du collectif l'indique nous présentent des scènes croquées chaque fois en milieu urbain, qu'il s'agisse de leur ville d'origine ou d'une ville visitée en voyage.

Ce site est une vitrine extraordinaire de vignettes croquées sur le vif, dans un café, sur une place publique, un intérieur, des portraits, des vues, très souvent des croquis architecturaux, mais aussi et surtout une gallerie de gens talentueux, créatifs et inventifs. On y prend vraiment le pouls de la vie urbaine, et le regard des artistes sur cette même vie urbaine, puisque leurs dessins opèrent une découpe dans ce monde foisonnant.

Pour moi qui suis si peu habile en dessin, c'est comme de suivre un cours puisqu'on y trouve très souvent, côte à côte, le dessin et le modèle. Tous les mediums y sont représentés, dont de magnifiques aquarelles, et, maintes fois, comme ici, le sujet est un vélo ou des gens à vélos, puisque la bicyclette est une bête urbaine qui vit partout sur la planète.

Pour le moment, je n'y ai repéré qu'une artiste de Montréal, Juliana Russo, et son choix de motif ne pouvait être plus montréalais... (voir à droite)

Les artistes qui souhaitent contribuer à UrbanSketchers sont d'abord incité à montrer leurs dessins dans le 'pool' Flickr des Urbansketchers, et de là, ils pourraient se voir inviter à participer au site principal.

Je trouve que dessiner sa ville, la vie urbaine quotidienne qui s'y déroule sous nos yeux, ce n'est possible que si l'on prend le temps de s'arrêter, que nous déambulions à pied ou à vélo. Écrire, dessiner, photographier, sont donc pour moi des vecteurs de cette préhension différente de la ville, une où la lenteur est souhaitée et célébrée.

NB Le site UrbanSketchers est abondament nourri par ses participants, et le fil des notes (des dessins) y défilent rapidement. Si vous n'y aller que rarement, attendez-vous à avoir à retourner en arrière (en cliquant sur 'old posts' au bas de la page) parce que l'ergonomie du site est telle que l'écran principal ne contient que très peu d'entrées récentes.

lundi 30 novembre 2009

L'hiver frappe à la porte

L'hiver frappe à la porte. Les vélos, pour la plupart d'entre nous, sont remisés. Et la longue attente du retour des jours chauds recommence. De quoi se morfondre, s'ankyloser, envier les villes profitant d'un climat plus clément qui permet de rouler toute l'année.
Cette pause forcée est certes frustrante, mais c'est l'occasion de réfléchir sur le fait que le déplacement vélocipédique urbain est bien plus qu'un simple transport. C'est un mouvement dans tous les sens du terme. Et c'est aussi durant cette période que l'on mesure à quel point le vélo nous simplifie la vie, car privé de ses services, les déplacements deviennent bien plus laborieux.
Le froid nous fait baisser la tête et plisser les yeux. On va perdre pour quelque mois un certain niveau de regard sur ce qui nous entoure, cette observation sereine de notre environnement immédiat.

D'un autre point de vue plus pragmatique et plus positif, c'est aussi l'occasion de donner à notre fidèle monture un brin de jeunesse en le nettoyant soigneusement avec un gant en ratine, car c'est un excellent passe-partout, un peu d'eau et de savon doux. Par cette opération, on pourra bien observer notre mécanique sous toutes ses coutures et déceler plus facilement ses besoins imminents, c'est-à-dire les ajustements nécessaires ou les pièces à remplacer.
Et puis, sachant que notre vélo est fin prêt pour le printemps, on aura plus facilement l'occasion de le sortir sitôt la température adéquate revenue.

Station Baïkal
acrylique sur toile - 2007 - 24" x 36" (
61,0 cm x 91,4 cm)
série "Formes noires" www.alec5.com

samedi 28 novembre 2009

L'art comme valeur refuge

C'est bien connu, en temps de crise économique, ou de troubles politiques, les fins investisseurs collectionnent des oeuvres d'art. J'entend cependant l'art comme valeur refuge dans un autre sens. Quand le sens déserte nos sociétés, que nous sommes entourés de commissions d'enquête sur la corruption, et qu'il semble que toutes nos institutions foutent le camp, l'art, l'objet d'art, est imperturbable. Il tient la route. Je dirais même qu'il est un phare, une bouée de sens. Et bien entendu, il est aussi et avant tout plaisir des sens.

Alors, vous n'osez plus écouter les nouvelles télévisées ou suivre votre fil de presse sur Twitter et autres médias sociaux ? Votre banquier vous verse des intérêts homéopatiques sur votre maigre pécule ? Enfourchez votre monture, et pédalez jusqu'à l'expo-vente 'Prêt-à-emporter' du centre d'artistes autogéré L'Atelier circulaire. Ce centre, situé dans le Mile-End, offre sous un même toît, et depuis plus de vingt ans des lieux de production, de formation et d'échanges pour des estampiers québécois et d'autres latitudes.

La vente a lieu dans la gallerie qui elle se trouve au rez-de-chaussée du 5445 De Gaspé. Lors de cette expo-vente, vous y ferez de bonnes affaires, puisque toutes les oeuvres sont à 100$ et moins. Des oeuvres d'artistes de renom, et d'artistes émergents.

L'évènement en est à sa 4e édition, et pour y être allée à chaque année, je puis témoigner de l'engouement qu'il déclenche tant chez les connaisseurs que les néophytes, qu'ils et elles soit des collectionneurs ou non. C'est également une occasion magnifique pour dénicher des cadeaux à offrir à des êtres chers, tout en évitant la cohue des centres commerciaux.

L'oeuvre reproduite ici est de Jacinthe Tétreault, et cette oeuvre fera l'objet d'un tirage lors de l'expo-vente.

vendredi 27 novembre 2009

La forme d'une ville

Il n'existe nulle coincidence
entre le plan d'une ville

dont nous consultons le dépliant
et l'image mentale qui surgit en nous,
à l'appel de son nom,
du sédiment déposé dans la mémoire
par nos vagabondages quotidiens.


Julien Gracq, La forme d'une ville.
Éditions Josée Corti, 1983.

J'aime les cartes. Cartes de villes, de comtés, de pays, de continents, des cartes anciennes jusqu'aux images satellite de Google Earth, elles me font rêver, voyager, comprendre. Je peux passer des heures à regarder des cartes et des atlas, y lire les informations qu'on y trouve, mais aussi plus simplement, plus ludiquement, apprécier leur esthétique, leurs codes. Mes préférés, les cartes topographiques, dans leurs dégradés de vert, et les cartes marines, dans leur dégradés de bleu. Elles sont tout à la fois géographie, histoire, science et art. On regarde des cartes avant de partir, et on essaie de s'imaginer la forme de la ville à découvrir. Puis, au retour, cette même carte évoque tout à coup en nous tant d'images, de saveurs, d'odeurs, de lumières. C'est magique.

Depuis quelques temps, j'ai un petit boulot de plus, je travaille dans une librairie grande surface quelques heures par semaine. Parmi les lecteurs qui la fréquentent, des gens qui préparent un voyage et qui viennent y chercher des guides. Invariablement, ils m'informent de leur destination, et invariablement, je leur demande : oui, mais quelle(s) villes(s) visiterez-vous dans ce pays ? Parce que je ne peux m'empêcher à chaque fois de leur suggérer une édition de la magnifique série Cartoville.

Ce n'est pas en préparant un voyage que j'ai découvert cette collection, mais bien en m'apprêtant à recevoir à Montréal, des amis en provenance d'Europe. J'avais fait l'acquisition du petit Moleskine noir de la série City Notebook, édition Montréal, que j'avais bourré de bonnes adresses pour eux. Et j'avais maintenant aussi à leur offrir la Cartoville pour Montréal. Mais au-delà de l'aide précieuse que peuvent représenter ces deux outils pour des visiteurs étrangers, c'est une façon exceptionnelle de voir Montréal pour ceux et celles qui y vivent, depuis peu ou depuis toujours.

Puisque quand on vit dans une ville de la taille de Montréal, et particulièrement si on la parcours à pied ou à vélo, on découvre sans cesse de nouveaux coins, de nouveaux voisinages, de nouveaux quartiers. Et cette très belle et si bien pensée série Cartoville est toute indiquée pour la marche ou le vélo puisqu'il s'agit de tout petits livres qui ne pèsent pas lourds, et qui nous exemptent de traîner aussi une carte, plus encombrante, moins pratique. Le concept est simple, chaque page comporte une carte dépliable qui double la surface du livre. Chaque carte est accompagnée de vignettes décrivant les lieux suggérés, répertoriés.

Pourquoi citer Gracq, un auteur qu'on ne lit presque plus ? Parce que cet ouvrage, La forme d'une ville, est, il me semble, un essai formidable sur le comment une ville nous fait, un exposé, dans un français certe un peu suranné, mais combien riche et précis, de la fonction matricielle des lieux qui nous on vu naître et grandir. À lire pour mieux comprendre la ville et son influence sur soi. Disponible en d'autres éditions, plus récentes, que celle mentionnée plus haut.

Je profite de ma note pour vous envoyer voir un photoblog (oui, un autre photoblog!) des plus rafraîchissants, soit le site 416cyclestyle.com. Gallerie de photographies mettant en scène tout simplement des gens à vélo dans la ville, au quotidien. Le '416', faisant référence à l'indicatif régional de la ville de Toronto, ce sont donc des cyclistes Torontois qu'on y voit. Cette diversité, et leur ingéniosité, me décroche chaque fois un grand sourire. Et dans la grisaille de novembre, qui peut dire non à ça ?

Bonne lecture et bon vélo!

mardi 24 novembre 2009

Young Indy


Opus Rambler 2009

Pour faire suite à l'inspiration, voilà un vélo, ou plutôt une version d'un concept de vélo qui nous trottait dans l'esprit depuis un moment. La question était : pourquoi ne pas faire un vélo de type Urbanista pour les jeunes? Un vélo de petite taille avec des roues de 24"? La réponse est le Rambler. Vélo atypique pour ce genre de jeunes cyclistes, on en convient mais, justement, pourquoi pas faire les choses différemment?
Si le Cervin est inspiré d'Idiana Jones, le Rambler est vraiment le "Young Indy" de la série.
Et pourquoi pas une version du Nuovella pour jeunes filles?

mardi 17 novembre 2009

Art crank



ARTCRANK

Voici une expression vivante de l'amalgame possible entre art et bicyclette. Graphistes, artistes et amateurs vélocipédiques se sont rencontrés lors de l'exposition ART CRANK à Minneapolis. Cette exposition s'est déplacée par la suite à Denver, Saint-Louis, Portland et Sans Fransisco. Chaque exposition invitait aussi des artistes locaux à venir présenter leurs créations.
Cette exposition itinérante a suscité un très grand intérêt comme en témoignent les images de ce reportage produit par ArtCrank.

lundi 9 novembre 2009

Lecture de l'odomètre

La belle saison n'est pas terminée, mais on ne peut être dans le déni complet : elle tire à sa fin. Je passe en revue quelques objectifs que je m'étais donnés pour cette année. Mon bilan est plutôt positif. J'ai principalement utilisé mon vélo au détriment de la voiture. En fait, étonnament, beaucoup plus que je ne l'aurais cru possible au départ. J'ai aussi étendu mon rayon d'action, ajoutant à mes trajets habituels d'autres que j'aurais faits en voiture par le passé. Ma foi, je suis plutôt fière de moi. Sauf pour une chose. Un objectif non-négligeable. Pour ne pas dire le plus important de tous. Et pour cet objectif, c'est un quasi échec. C'est que j'aimerais ralentir. Ou devrais-je dire r-a-l-e-n-t-i-r. Ce pas qu'une mince affaire que de ralentir quand tout autour de nous file à toute allure, les voitures, les autres cyclistes, le temps. Je voulais partir plus tôt le matin, prendre mon temps, et au retour, flâner, trainer, changer de trajets, varier les trajets. Mais c'est un conditionnement si profondément enraciné que j'ai très peu réussi à ce chapître, dans le train train quotidien. Oh, je n'ai pas de peine à être méditative un beau dimanche après-midi, ou un samedi sur une piste cyclable quelque part en rase campagne. Ce n'est pas là qu'il y a un problème. Ce qui mine, c'est le stress lié aux trajets quotidiens en milieu urbain. Et c'est ce rythme là que j'ai peu infléchi. C'est donc un bilan mitigé pour moi.

Et vous, vous arrivez à ralentir ?
Vous avez des trucs pour ne pas suivre le troupeau des gens pressés ?

En terminant, un addendum à une note précédente : pas que je ne sois plus mercantile qu'une autre, mais j'avais entendu dire que si on utilisait son vélo de façon importante (beaucoup de km) pour aller au boulot, ça avait une incidence significative sur la prime d'assurance de son véhicule automobile, puisque du coup, ça diminue les km faits en auto. J'apprends donc ce matin que mes quelques 3000 km de vélo-boulot de cette année réduiront ma prime d'assurance auto d'un beau gros 53$ par an, soit environ 1$ par semaine. Je crois que les assureurs ont du chemin à faire, pas mal de chemin à faire - sans mauvais jeu de mots - avant d'appeler ça un incitatif. Vaut mieux en rire!

Crédit photographique : http://www.flickr.com/photos/sosico/3729900060/ / CC BY-NC-ND 2.0

samedi 31 octobre 2009

Accro de vélo, êtes-vous dans le déni ?

Mon épiphanie – je suis une cycliste urbaine! - fut par un beau matin de printemps quand je me suis surprise à mentalement fragmenter la liste d’épicerie en autant de mini-listes qu’il y avait d’articles à se procurer, dans le but précis d’aller chercher ces articles, tout au long de la semaine, dans des épiceries, ou boutiques spécialisées, ailleurs, dans d’autres quartiers, loin, et non pas dans les épiceries près de chez nous. Là, j’ai compris que j’était ‘faite’, que j’étais devenue une accroc du vélo urbain.

Dans mon cas, de nombreux autres signes et comportements auraient dû me faire prendre conscience de mon état. Comme le démontrent les faits qui suivent, j’étais dans le déni.

Par exemple, quand j’ai senti que la meilleure partie de ma journée n’était ni le temps au travail ni le temps à la maison, mais bien mes temps de trajets entre les deux, j’aurais dû comprendre ce qui m’arrivait. Non ?

Quand j’ai fait une demande à Accès-Montréal pour avoir un lot dans un site de jardins communautaires, j’ai volontairement choisi un site loin de chez moi. La préposée, incrédule, me questionne. Elle insiste et me propose un site près de mon adresse de résidence, mais j’ai dû lui expliqué que je SOUHAITAIS avoir pas mal de vélo à faire pour m’y rendre plusieurs fois par semaine. Pathétique non ? Le bénéfice est double. Les balades fréquentes. Youppie. Et parce que j’ai choisi ce site moins populaire, je m’assurais d’obtenir un jardin à coup sûr au printemps suivant. Pendant que dans les sites plus populaires, au coeur de son quartier, il faut attendre des années. (Ce que je n'avoue pas ici c'est que tout ce jardinage me permettra de justifier l'achat d'une remorque, ou d'un vélo cargo. Voyez comme mon esprit de cycliste urbaine est devenu retord ?)

Ce que j’avoue plus volontiers : j’ai un signet/favori/bookmark pour le site de Météomédia à la maison et à tous mes boulots.

Je n’ai pas utilisé ma voiture pendant si longtemps cet été que j’ai perdu les clés et j’ai dû payer pour me faire refaire un nouveau jeu de clés chez le concessionnaire. Je peux attester que le ridicule ne tue pas.

Au début, je me percevais comme un automobiliste qui s’était remise au vélo. À quelques reprise, alors que j'étais à vélo, j’ai essayé de mettre les clignotants avec la manette des freins (avec résultats désastreux). Quand je voyais une voiture de police, j’avais encore le réflexe de me demander si j’avais bien mis sa ceinture de sécurité!

Puis, un jour, imperceptiblement, le vent tourne. On est désormais une cycliste qui se déplace à l'occasion en auto. Et quand ça arrive, on se prend à faire en auto son trajet de vélo, plutôt que de prendre les grandes artères. On descend une côte, et on souhaiterait être à vélo, pour prendre de la vitesse. On commence à détecter les faux plats même en voiture. On doit se retenir de démarrer quand on voit la lumière piéton tourner au vert alors qu’on est en auto.

J’ai vite trouvé que mes trajets quotidiens vers le boulot n’étaient pas assez long, et plutôt que de prendre le plus court chemin pour rentrer chez moi, je faisais de grands détours par d’autres quartiers, comme un enfant qui ne veut pas rentrer à la maison.

Je me suis surprise à ... mentir. ‘’Non, désolée, j’ai déjà pris un engagement’’. Mais en fait, vu la météo superbe, on se défile et on part se balader, explorer un quartier inconnu, une piste peu fréquentée.

On rentre à la maison, il n’y a rien pour préparer le souper mais on a des stocks bien garnis de ‘trail mix’ maison, de barres granola, et autres bouffes à manger à vélo.

Chaque heure de la journée où il fait beau et qu’on est coincé au boulot, on est frustré parce qu’on se dit qu’on pourrait être en train de faire du vélo.

Quand la première chose qu’on se demande à propos d’un nouveau boulot c’est comment si rendre, par rapport aux pistes cyclables, la distance à vélo, et s’il y aura du stationnement sécuritaire pour le vélo, si on pourra le rentrer à l’intérieur, tout ça avant de se demander quelques questions que ce soit à propos ... de la job elle-même. Là, ça commence à être de l'ordre de la pathologie.

Quand on commence à envisager des boulots moins intéressants, moins payants, parce qu’on trouve que ça ferait des supers trajets matin et soir.

Quand on se met à prendre en grippe un boulot trop près de la maison.

Quand on détourne l’usage du ‘stationnement incitatif’ en le considérant comme un endroit qui permet de faire à vélo des trajets qui seraient autrement trop long. On s’y rend en voiture, le vélo sur le support à vélo, et on part de là pour sa destination.

Quand on choisit - où qu’on change - de magasin, boutique, resto, parce qu’il n’y a pas de bons endroits où verrouiller le vélo. Même chose pour les cinémas. Quand la sécurité du vélo nous dicte le film qu’on ira voir ce soir.

Quand mes collègues de travail sont très inquiets, voir alarmés, lorsqu'ils se rendent compte que je suis venue au travail en auto, même par un jour de pluie et de vents violents.

Quand la première préoccupation après une blessure n’est pas les problèmes de mobilité, ou problèmes d’absentéisme au travail et les pertes de revenus que ça entraîne, mais la frustration de ne pas pouvoir se déplacer en vélo pour un moment.

Quand DEUX jours de suite sans aller au travail à vélo me mène au bord de la crise de nerfs.

Bref, tout ça, ça ne ment pas. Comme on dit : mon cas est réglé. J’assume maintenant pleinement ma condition. Par exemple, ce soir j’ai un choix déchirant à faire. Je suis convoquée en entrevue pour une job. Quelle est ma première réaction ? Oh, il fait si doux en ce 31 octobre, ce serait un parcours superbe à faire en vélo! Dilemne : il pleut, y aller en vélo, je vais arrivée plutôt défraîchie. L'apparence étant au nombre des critères d'emploi partout, quelle que soit la job, je risque de ne pas avoir le boulot à cause de ça. Y aller en voiture ? Qu’est-ce qui va primer : le désir de faire ce trajet à vélo, alors que les beaux jours sont comptés, ou le besoin que j'ai d'obtenir ce boulot ? À suivre.

Et vous, à quel moment, à quel signe vous êtes-vous avoué à vous-même que vous étiez accro du vélo urbain ? Êtes-vous un accroc pleinement assumé ? Ou encore dans le déni de la chose ? Allez, avouez! Après tout, on est entre nous.

En terminant, un page pleine d'ironie sur le sujet, malheureusement en anglais.
(Pour ceux et celles qui ne lisent pas l'anglais, Babelfish fait habituellement un travail potable à traduire les contenus.)

Illustration : Sur un thème qui remonte à la première Grande Dépression (1929), une affiche créé par l'illustrateur Nick Dewar et dont on peut trouver une version gratuite en format pdf sur ce site.

mardi 20 octobre 2009

Toujours prêt!



Toujours prêt! Cela devrait être la devise de tout bon vélo, d'autant plus pour des vélos urbains.
Rien de pire que de "serrer" un vélo au fond d'un garage, d'une remise ou d'un sous-sol. C'est un obstacle à la spontanéité. Il faut alors non seulement y penser, mais s'organiser pour le sortir de son entrave. C'est alors tellement plus simple de sortir ses clés de voiture!

Mais lorsqu'il est question d'aller faire une petite commission rapide dans le coin, c'est franchement plus rafraîchissant de sauter sur sa fidèle monture. Encore faut-il que celle-ci soit à portée de mains et de pieds.

Pour ce faire, il y a un truc très simple : il faut mettre son vélo le plus proche de la sortie de sa maison, à l'intérieure ou à l'extérieure, selon ses disponibilités. Excellent rappel visuel, excellent incitatif aussi.
Le plaisir que procure un déplacement court en vélo vaut la peine de s'organiser pour que cela vous paraisse tellement simple que vous ne puissiez plus vous en passer. Bref, s'organiser pour ne pas avoir à s'organiser...!
Vous remarquerez alors que ces déplacements courts sont bien plus rapides en vélo, même en pédalant tranquillement. Plus besoin de tourner en rond pour trouver un stationnement.
Ces déplacements courts vous feront remonter à la surface des souvenirs d'enfance, alors que vous arpentiez votre quartier avec votre premier vélo.
Cette liberté retrouvée, vous aurez goûter à une sensation qui, du fait de sa courte durée, vous donnera envie de répéter l'expérience encore et encore. Vous vous apercevrez alors que le kilométrage de votre automobile stagne. Et c'est tant mieux!

lundi 19 octobre 2009

Parcours obliques

Je l’appelle la Des Carrières. Par erreur, par ignorance, par paresse. La première fois que je l’ai empruntée c’est que j’étais dans la lune. Je sais, c’est plutôt déconseillé d’être dans la lune quand on pédale en ville. Même très fortement déconseillé. Mais il y a des moments où c'est tellement méditatif, tellement zen de pédaler... Bref, je roulais en direction sud, sur Boyer, et je suis passée tout droit à St-Zotique, où j’aurais dû tourner vers l’est. Voilà que je me retrouve sur la rue Des Carrières. Je n’avais pas non plus vu le petit détour dans le parc Des Carrières, soit juste au nord de Des Carrières, côté est de Boyer, qui m’aurait fait continuer mon chemin sur Christophe-Colomb direction sud, jusqu’au parc Laurier. Me voilà donc sur Des Carrières, le nez face à une clôture du plus pur style Frost, et je vois une bicyclette emprunter un petit couloir qui s’engouffre le long de la voie ferrée en direction est. Je file à sa suite.

Wow. L’impression de rouler au-dessus de la ville – on file sur des viaducs qui enjambent des rues telles que Papineau et Delorimier - et par moments, on se sent transporté, complètement ailleurs, là où les clôtures sont recouvertes de lierres, là où les immenses murs de ciment, le derrière d'usines qui bordent la piste, sont transformés en vastes fresques de graffitis où des gangs rivales se tiennent probablement des conversations que je ne saurais déchiffrer. Un long sentier où il n’y a que quelques joggeurs et cyclistes. Un oasis. On croit rêver.

Me voilà qui descend vers l'est, et aucune idée où j’aboutirai. Après à peine quelques minutes, je me retrouve coin Masson et Iberville, avec l’envie de reprendre la piste en sens inverse et de recommencer. Manque de temps, je passe mon tour ce jour là. Je rejoins la piste cyclable Molson, qui elle m'amène à la Rachel.

Depuis cette découverte fortuite, j'emprunte plusieurs fois par mois cette piste cyclable qui va de Clark, à son extrémité ouest, jusqu'à Masson à son extrémité est, en longeant la voie ferrée du Canadien Pacifique, tout du long de la rue Des Carrières, puis de la rue Dandurand. Chaque fois, je trouve que ça va trop vite, que c'est trop court. J'en reprendrais encore, j'en redemande. Bien entendu, le rapport qu'on a à un lieu est hautement subjectif. Pour d'autres, cette piste est peut-être la plus sinistre de Montréal. Mais pour moi, c'est chaque fois l'impression de sortir de la 'grille' des rues montréalaises.

Pendant des années, on roule en voiture dans une ville qu'on croit bien connaître, sinon toute la ville, à coup sûr certains quartiers. Et puis, la conduite automobile, c'est une pensée à angle droit, une pensée rectiligne. Le plus court chemin ne répond pas aux mêmes impératifs que le vélo, c'est certain, parce que quand on est autopropulsé, la logique est forcément, pour ne pas dire férocement, différente.

En vélo, plus souvent qu'en voiture, on fait des trajets parsemés de diagonales. Et dans cette logique de diagonales, la piste Des Carrières est une belle oblique dans le quadrillé des rues du Plateau et de Rosemont, oblique à laquelle s'ajoutent toutes les autres diagonales improvisées, celles qu'on fait quand on coupe par un parc, un stationnement, une ruelle.

Quand on se déplace exclusivement en transports en commun, et que l'on accède à la ville par les sorties de métro, on a une sorte de connaissance de la ville qui est fragmentaire, comme si on vivait dans une vaste termitière. On connaît les quartiers autour de ces points nodales, mais on ne fait pas nécessairement tous les liens entre tous ces endroits. Un peu ce qu'illustre si bien les chroniques Métro roulette.

Pour l'automobiliste, c'est presque le contraire, on connaît tous les trajets, et ce qui se trouve sur ces trajectoires, mais des grands pans de la ville nous sont inconnus. Comme un grand gruyère plein de trous. Dans tous les cas, notre image mentale de la ville est toujours tributaire de notre mode de préhension. Et chacun de ces modes a son propre réseau de trajets, et sa propre échelle.

Arpenter la ville en vélo, pour moi, c'est de relier tout ça. C'est de redessiner toutes ces images mentales que j'avais de la ville, remplir les trous, redessiner les trajets, réécrire la ville. C'est de sentir physiquement les distances, de comprendre les rapports entre les différents quartiers, leurs voisinages ou leurs cloisonnements, selon le cas. C'est une connaissance, comment dire, plus organique de la ville. Et à la préhension physique, géographique, se superpose l'épaisseur du temps, l'histoire. Cette rue Des Carrières par exemple, de par son simple nom nous rappelle l'époque où ce secteur de la ville exploitait des carrières. Une époque où la rue Des Carrières était 'en dehors' de la ville. Et la présence imposante de l'incinérateur de la Ville de Montréal, lui aussi témoin d'une autre époque.

Au sujet de l'art de se perdre : A field guide to getting lost par Rebecca Solnit. (Elle a aussi écrit en français L'art de marcher.) Tout à la fois essai autobiographique, essai philosophique, et histoire de l'art et de la culture. Un traité sur l'art de découvrir ce qu'il y a de l'autre côté du familier et du connu.

Sur la stratégie de la diagonale ou de l'oblique : les indispensables Stratégies obliques de Brian Eno et Peter Schimdt. Pour tout ceux et celles qui ont à être créatifs dans leur travail ou dans leur vie, et quelque soit la nature du travail, ou du problème à régler : un simple jeu de cartes qui existe en version Widget pour Mac, ou en format liste sur internet, en français et en anglais, et dans quatre éditions différentes. Ces stratégies obliques, sont autant de phrases, idées, consignes, des pistes de solutions, des portes de sortie pour toutes nos impasses mentales, nos cul-de-sac créatifs, nos résolutions de problèmes qui tournent en queue de poisson. Et à chacun d'ajouter ses propres cartes au jeu.

Crédit photographique : Incinérateur du nord, à l'arrière des écuries, au 1500 rue des Carrières, 1930. VM94,Z90-3. Source : Archives de la Ville de Montréal sur Flickr.

mercredi 7 octobre 2009

Voyage en Amérique avec casque à vélo (suite)

J'ai oublié de dire que pendant ce voyage, l'un de mes réels bonheurs fut l'auto-cueillette ... à vélo. Je m'explique.

Les mûres, ce sont mes fruits préférés. Je les attends tout l'été. Là où je sais que je vais pouvoir aller en cueillir, j'y vais régulièrement et je les épie. Y en aura-t-il beaucoup ? suffisamment pour les oiseaux et les humains, de ces mûres exquises et tant attendues ? Jour après jour j'espère. L'été sera-t-il trop frais ? Trop chaud. Certains étés, la saison chaude n'est pas assez longue sous nos latitudes pour que les fruits mûrissent avant les premières gelées, et parfois, tout est perdu sans que nous ayons gouté une seule baie. Mais quand la saison est parfaite, jours chauds, nuit fraîches, les petits fruits sont mûrs, gorgés, et la récolte est bonne. On a alors que quelques jours pour les cueillir, rarement plus d'une semaine. Et au prix de se déchirer les doigts sur ces buissons épineux, on cueille tout ce qu'on peut, et on revient les mains et le t-shirt tachés : enfin, c'est la fête ! Natures ou en muffins, en confitures ou avec de la crème glacée.


Mais cette année, oh horreur, je savais que je manquerais ma cueillette de mûres, que je ne serais pas revenue de voyage, et qu'à mon retour, il serait trop tard... Mais c'était sans compter sur mon ignorance de la flore de la côte ouest américaine ... Pendant les semaines passées en Oregon, j'ai découvert avec stupéfaction que mon fruit préféré y pousse comme de la mauvaise herbe sur le bord des routes PARTOUT!!!!

Alors, chaque matin, je partais en vélo, avec un gros contenant de plastique bien attaché sur le support arrière, et j'ai fait des récoltes rien de moins que spectaculaires! J'ai ainsi cueillie des mûres en pleine ville, sur le bord des fossés, derrière des stationnements d'hôtels, près de parcs municipaux, sur le bord des routes, etc. Chaque ballade en vélo devenait une occasion de localiser de nouveaux endroits de cueillette où je revenais le lendemain.


Voilà que je me prends maintenant à rêver d'un gros cargo bike avec lequel je pourrais aller aux fraises en juin, aux courgettes en juillet, aux pommes en septembre, alouette! Bon, on se calme le pompon. Pour l'heure je vais me contenter d'aller au marché public avec ma paire de sacoches à vélo.

Tarte au mûres On the road

Une croûte à tarte de type 'biscuits Graham', achetée toute faite et qui ne nécessite aucune cuisson. On y étend, une fois bien mélangé et rendu homogène: un gros paquet de fromage en crème, la moitié d'une conserve de lait condensé (Eaglebrand), tout le jus d'un citron frais. Et l'on recouvre le tout de petits fruits. À partager.

mardi 6 octobre 2009

Ne hurlez plus après vos freins qui hurlent

Quoi de plus désagréable que d'avoir des freins qui hurlent? Quoique dans certaines situations d'urgence, cela peut remplacer parfaitement un bon klaxon! Mais bon, on n'aime pas ça!

Alors il y a quelque chose de très simple à faire :
- Déserrez légèrement, le boulon du patin de frein à l'aide d'une clé hexagonale (Allen key), suffisamment pour que le patin puisse un peu bouger.
- Placez une carte d'affaire pliée en deux à l'arrière du patin (vers l'arrière du vélo), entre le patin et la jante.
- Appliquez les freins par la manette. Assurez-vous que le patin soit bien aligné avec la surface de freinage sur la jante. Il ne faudrait pas que le patin frotte sur le pneu!
- Puis, tout en tenant la manette de frein, resserrez fermement le boulon du patin de frein.
- Répétez l'opération sur les autres patins de freins.

Et c'est tout! Ainsi vous avez créé ce qui s'appelle, en bon Shakespearien, un "Toe-in". Ce faisant, l'avant du patin touchera la jante en premier, et donc "patinera" mieux, évitant de tomber en fréquence vibratoire.

samedi 3 octobre 2009

Le vélo et l'art de la tartine. Ou éloge de la fuite.

Bon, c'est connu, une partie du grand sourire niais que j'arbore en moulinant est causé par cette merveilleuse hormone qu'est l'endorphine. Mais l'endorphine n'est pas la seule coupable de ce bonheur si accessible qu'est le vélo au quotidien. Quand j'en ai pour la peine, disons une petite heure de trajet avant d'arriver au boulot, j'oublie tout : les soucis, les tracas, les ennuis, gros et petits, passés ou à venir. J'oublie la mouture de café bouillante, renversée dans le tiroir à ustensiles juste avant de partir. L'horaire impossible de ma journée à venir, que même un spécialiste de logistique au Pentagone ne pourrait résoudre : oubliée! Le gros dossier sur lequel je procrastine depuis des semaines et qui m'attend à l'arrivée : oublié ! Et je suis là, béate, sur mon vélo, qu'il pleuve ou qu'il fasse soleil, à fuir si délicieusement, dans cette bulle, dans le pur bonheur d'échapper à tout pour quelques précieuses minutes. Si c'est un de ces jours d'état de grâce, invariablement, à l'arrivée je pense à ... Gorodish. Serge Gorodish, le personnage du romancier Delacorta, porté à l'écran par Jean-Jacques Beineix, dans le film culte de 1981: Diva. Personnifié par Richard Bohringer, superbe, une vingtaine d'années en moins, flottant dans son loft tout bleu, avec machine à vagues et musique planante, et qui fait la leçon au personnage principal, Jules, lui expliquant ce qu'est l'art de la tartine, son zen, son satori à lui. Scène célèbre où il explique que pour lui, à ce moment-la : "il n'y a plus rien, plus de pain, plus de beurre, plus de couteau, il n'y a qu'un geste..." Certains jours, on pédale et on atteint cet état de grâce, il y a ce moment où il n'y a plus rien : plus de circulation, plus de pluie, plus de vent, plus de vélo, plus de mécanique, plus de piste cyclable, il n'y a plus qu'un geste, sans cesse répété, un mouvement, fluide, continu, et l'on est soi-même emporté dans ce mouvement, dans cette exaltation.

J'ai bien dit certains jours. Parce qu'il y a aussi les jours où rien ne va. Où l'on dirait que c'est un combat entre soi, son esprit, son corps et le vélo, pas synchrones, pas fluides, pas transcendants du tout. Et là je pense à ce qui m'attend au boulot. Et au gâchis du tiroir à ustensiles plein de mouture de café qui attend mon retour à la maison.

Je sais que cet hiver, je retrouverai cette fuite délicieuse en faisant des longueurs de piscine. Mais c'est pas pareil. Il n'y a pas cette sensation de liberté que procure le vélo. Et le grand air, c'est quand même mieux que les odeurs de chlore ...

mardi 29 septembre 2009

Descanso et vélo fantôme ...

L'Unesco définit la culture, dans son sens le plus large comme étant « (...) l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l'être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. »

Dans le contexte d'une telle définition de la culture, les rites et rituels funéraires sont bel et bien des traits culturels. Et ce n'est pas par goût du macabre que j'ai choisi d'écrire une note sur le phénomène du descanso.

Descanso est le mot espagnol pour désigner les mémorials improvisés, en bordure des routes, à la mémoire des accidentés. Ce qu'on appelle en anglais 'road side memorial'. (Quel serait le terme français ?) Il s'agit de désigner l'endroit où une personne est morte subitement et de façon innatendue. Il ne s'agit pas de désigner le lieu d'une scépulture, mais bien le dernier lieu où une personne a été vivante. L'origine du descanso remonte sans doute à une époque où, pour des raisons diverses, les personnes étaient inhumées sur le lieu même de leur décès.

En août dernier, dans les environs d'Albuquerque au Nouveau-Mexique, un tel mémorial à fait son apparition, mais il s'agissait non pas d'une croix, ou de bouquets de fleurs, mais bien d'un 'vélo fantôme' (ghost bike) à la mémoire d'une victime récente, une cycliste. Un petit vidéo* d'une station télé locale nous relate la nouvelle.

Il semble bien que depuis quelques années la culture cycliste ait généré sa propre variante du descanso, tout à la fois rite funéraire et énoncé politique, statement percutant sur la cohabitation vélos et véhicules moteurs...

Il existe un site internet au sujet de ces ghost bikes, site qui nous apprend leur histoire, les endroits où ils ont fait leur apparition un peu partout dans le monde, incluant au Canada. On peut aussi voir de très belles photos noir et blanc de quelques uns de ces mémorials dans un diaporama produit par le New York Times.

Je n'avais jamais entendu parler de ces mémorials et je les trouve fascinants. Précisément le caractère fantomatique du vélo tout blanc - couleur de la mort dans nombre de cultures - qui lui confère une grande élégance, une sobriété que n'ont pas, il me semble, les fleurs de plastique et les articles religieux...

[* L'extrait vidéo est en anglais, et il est précédé d'une courte pub, désolée!]

vendredi 25 septembre 2009

Tout compte fait

Petit matin frisquet pour un trajet matinal du quartier St-Michel jusqu'au Vieux Montréal. Mais je ne me plains pas, bien au contraire. Je me réjouis de chaque journée additionnelle où je peux aller au boulot à vélo. Pour le pur plaisir de la dépense physique. Pour le bonheur d'être dehors au moins pendant ces courts trajets de l'aller et du retour. En fait, il arrive même que ce soit les meilleurs moments de ma journée. Avouons-le, tous les boulots ne sont pas ... transcendants. Et puis, en ce mois de septembre, c'est un peu comme un compte-à-rebours vers le temps froid et l'hiver.

Mais ce matin, précisément parce que je me dirigais vers le Vieux Montréal, je pensais aussi aux coûts liés au travail au centre-ville. Et pendant que je moulinais dans l'air frais, je faisais mes comptes. Et plus je compte, plus j'appréhende les frais qu'entraînera pour moi le retour de l'hiver.

Comme travailleuse autonome confrontée à la logistique d'un grand nombre de déplacements quotidiens, cueillettes et livraisons de boulots, et la plupart du temps, pour de courtes visites, le transport en commun n'est pas l'idéal, particulièrement en dehors des heures de pointe parce que je passerai littéralement ma vie dans le métro et dans l'autobus à quadriller le Montréal métropolitain dans tous les sens. Quand la saison ne sera plus propice au vélo, je devrai donc me résoudre à nouveau à prendre la voiture. Yuk! Triple yuk.

Depuis la dernière hausse de tarifs des parcomètres de la Ville de Montréal (et celles des stationnements publics et privés qui suivit immédiatement), c'est qu'il faut avoir les poches bien garnies pour s'amener en voiture sur l'île de Montréal, et tout particulièrement dans le centre-ville ou le Vieux-Montréal.

Mais ce matin, mon rapide calcul me fait sourire : je sais que ce vélo, acquisition que je ne pouvais justifier rationnellement au moment de son achat, sinon qu'il répondait au pur principe de plaisir, s'est complètement rentabilisé en moins de temps qu'il ne m'en faut pour dire parcomètre !

L'argument économique en faveur du vélo n'est plus à faire. Je le sais. Mais pour les quelques sceptiques qui restent, je vous le dit : à 3$ de l'heure le parcomètre, et à 12$, 15$, 18$ et parfois plus, pour à peine une demie-journée de stationnement, il a fallut moins d'une saison pour rentabiliser ma monture. Parce que non seulement je calcule les coûts de stationnements, mais l'essence en moins, moins d'usure sur le véhicule. Et fini les copieuses contraventions pour parcomètres expirés !

Comment serai-je récompensé pour cette belle action citoyenne d'avoir remplacer une voiture par un vélo dans la circulation montréalaise : en payant plus d'impôts à la fin de l'année. En effet, pour les travailleurs autonomes, une partie des coûts liés a l'utilisation d'un véhicule automobile sont des dépenses admissibles. Mais à ce que je sache, le Ministère du Revenu ne prévoit rien pour le vélo, son acquisition, son entretien, les sacoches, le porte-bouteille, le cadenas, alouette. Vivement une réforme de la fiscalité pour les cyclistes!

jeudi 24 septembre 2009

Retour en images sur le salon Expocycle




Les cyclistes urbains ont le goût de rouler sur des vélos ayant plus de caractères, plus de style. L'intérêt grandissant pour des vélos de ville plus "esthétiques" est notable. On ne considère plus le vélo comme simple objet à deux roues, mais comme véritable déclaration de status de cycliste urbain.
Les réactions au Salon Expocycle, à la Place Bonaventure, à Montréal, l'ont bien montré. L'esthétique, la fonctionnalité et l'efficacité sont à l'honneur.

lundi 21 septembre 2009

Voyage en Amérique avec casque à vélo

Je reviens d’un long voyage où j’ai visité plus d’une douzaine d’états du MidWest et du Nord-Ouest américain et j'ai été à même de me rendre compte tout au long de ce voyage que ma pratique urbaine de la bicyclette avait clairement redéfinie ma façon de voyager ailleurs.

Je suis une cycliste ordinaire. Rien d'héroïque. Je fais les courses à vélo. Et c'est aussi à vélo que je me rends presque chaque jour à mes divers boulots dans le grand Montréal. L'adoption de ce nouveau mode de transport depuis avril dernier m'a d'abord fait redécouvrir les quartiers de ma ville, faisant de moi une touriste dans mon propre milieu.

C'est probablement pourquoi, bien que ce n’est pas le premier long voyage que je fais en sol nord-américain, c’est le premier où il me semblait tout naturel d’apporter mon vélo. Je ne pouvais pas m'imaginer être des semaines, des mois, sans vélo! Et l'idée de me déplacer constamment en voiture dans des villes et des villages à découvrir me répugnait tout à coup. Donc, pour ce voyage ci, c’est AVEC bicyclette à bord, et grâce à elle, que j’ai pu visiter des lieux fabuleux.

Je pense à une piste cyclable le long du fleuve Columbia, en Oregon. J’y ai observer un aigle adulte qui pêchait sous mes yeux, et retournait nourrir les aiglons dans un de ces nids juchés sur des plates-formes, bâties dans le cadre de programme de réintroduction de cette espèce.

C’est aussi sur cette piste cyclable que j’ai pu voir de visu, à mes pieds, toute la flore particulière des ‘high deserts’ (déserts en altitude) que je n'avais entre aperçue jusque-là qu'au loin, sur les flancs des montagnes, dans les ravins d'autoroutes. J'ai pu m'enivrer des odeurs particulières de cette flore si différente en pédalant dans la chaleur de la fin de l'après-midi par une chaude journée d'été.

Je pense à des petits centre-ville et quartiers historiques où c'eût été l’enfer de circuler en voiture. Par exemple, Rapid City dans le Dakota du Sud. Une ville qui, même avec la multiplication des commerces de type big boxes tout le long de son Interstate, a su conservé un centre-ville vivant et dynamique, bien garni de boutiques, galeries, restos, et divers lieux d'intérêts historiques.

Je pense à de plus grosses villes, j’ai nommé la mecque de l’intégration vélo-transports en commun : Portland, Oregon. Quel bonheur ! Presque l'impression d'avoir sous les yeux une utopie pour piétons et cyclistes.

Je pense à Ogden, en Utah, où j’ai pédalé tout mon sou dans des vergers de citronniers, d'abricotiers, de cerisiers, dans une vallée située entre un vaste plan d’eau à l'extrémité nord du Grand lac salé et les Wasatch, montagnes chauves à l’allures de paysage lunaire.

Et nombre de petits bleds qui, s’ils paraissaient sans grand charme à l’arrivée, haltes où nous séjournions dans des campings génériques, interchangeables, se sont révélés être des lieux merveilleux, transformés grâce à une simple ballade à vélo, randonnée qui non seulement changeait mon rayon d’action et de découverte, mais me permettait de découvrir les choses dans un rapport de proximité, et où, tout à coup, tout était au rendez-vous, les choses, les gens, l’esprit du lieu. La magie des lieux opérait complètement.

Quelqu’un a dit : il n’y a qu’en auto que le monde est plat. En effet, piétons et cyclistes savent que le monde n’est ni plat, ni platte. J’ai savouré ces journées rendues délicieuses par l’absence du stress lié à la sempiternelle quête du stationnement dans une ville qu’on ne connaît pas. Et chaque jour, oh combien j'ai goûté ce que le vélo provoque invariablement : ce ralentissement salubre, pour ne pas dire nécessaire, du rythme de la vie.

Même dans des tout petits bureaux d’information touristiques, kiosques saisonniers établis au sein de petits commerces locaux, j’ai été surprise de constater que lorsque je demandais la carte des pistes cyclables, l’on me remettait presque toujours quelque chose. De la carte couleur, format géant, papier glacé, jusqu’à la simple photocopie n&b, 8 1/2 x 11, en passant par un travail laborieux du préposé, traçant au surligneur directement sur un exemplaire de la carte routière officielle, le réseau embryonnaire des pistes de sa localité. Chaque fois, les gens, avait un tel enthousiasme à nous informer, nous diriger, presque du zèle! Comme si nous étions, enfin arrivés, nous, des touristes d’un genre nouveau qu’ils attendaient sans y croire.
Visiblement, la tendance - du touriste qui débarque avec son vélo - est en train de changer les pratiques touristiques, jusque dans les confins de l’Amérique profonde.

Peut-être ferons nous mentir le dicton Vietato introdurre cicilette* - dénonciation mi-drôle mi-amère dans un fragment du même titre par l'écrivain Argentin Julio Cortazar dans son recueil Cronopes et Fameux.

Je ne peux m'empêcher de penser à des voyages précédents, entre autres ceux effectués en Georgie, en Alabama, dans le Sud profond, et à comment ces voyages auraient été si différents si j’avais eu ... deux roues plutôt que quatre. Il y a tant de choses à voir et à faire, et malheureusement trop peu de temps et d’argent! Mais à coup sûr, il n'est jamais trop tard pour changer sa façon de voyager et de voir le monde.

*bicyclette interdite

Photographie : À Hardin au Montana, le propriétaire d'un petit camping a décidé de ceinturer son terrain de vieilles bicyclettes. Il a commencé par deux bicyclettes 'vintage', qui lui avaient appartenues en propre. Puis les habitants du village ont trouvé l'idée sympatique, et il lui ont apporté d'autres bicyclettes. Au fil des ans, la clotûre improvisée s'est étendue jusqu'à maintenant faire presque tout le tour de son camping.