lundi 8 mars 2010

Autre latitude, autre attitude

Le plaisir de visiter une ville, c'est aussi la curiosité de découvrir à quoi peut ressembler le quotidien d'amateurs de vélos dans cette autre ville. Je suis toujours ravie de voir des initiatives différentes, novatrices.

Quelques semaines avant de m'envoler vers Tucson, une ville d'environ 450,000 habitants dans le sud-est de l'Arizona, j'ai recu par la poste la carte des pistes cyclables. J'ai d'abord cru qu'il y avait eu une erreur lorsque j'ai deplié la carte : le réseau est si étendu, si riche, que j'ai cru que j'avais sous les yeux la carte routière de la ville et non la carte du réseau cyclable. En effet, lorsqu'on superpose les deux cartes, c'est pour le moins impressionnant. Du moins du point de vue d'une Montréalaise puisque notre réseau à nous, on le mémorise en 3 minutes. Rarement besoin de la carte pour s'y retrouver... Je salivais donc avant même de mettre les pieds à Tucson, une ville qui aspire à être un modèle en fait de réseau cyclable.

Il y a deux semaines, je débarque donc à Tucson remplie d'attentes. J'imagine ce flot de vélos de part toute la ville. Il faut dire qu'au pire de l'hiver (décembre à février), pendant la journée, il y fait 45-50F (7-10C), pas de neige, peu de jours pluvieux, une ville avec très peu de denivelation, et un quadrillé de rues où il est à peu près impossible de se perdre.

Avec son architecture de maisons en adobe, couleur sable, ochre, rose et orangé, la ville est magnifique et un brin surréaliste avec palmiers et cactus géants (le fameux saguaro), sur un arrière plan de montagnes aux caps enneigés. Mais à ma plus grande surprise, je ne voyais pratiquement personne sur les pistes cyclables...

Après m'être informé à droite et à gauche, forums de pro-vélos, proprietaires de 'bike shops', j'apprends que les gens empruntent peu les pistes cyclables créées sur les artères achalandées, qu'ils empruntent la plupart du temps d'autres rues, plus tranquilles, et plus agréables, qu'il y ait là une piste cyclable ou non.

Moi, je cherchais LES cyclistes, le cortège de vélos en enfilade, vision toute montréalaise. Mais ce que j'avais sous les yeux, c'était des cyclistes, par çi par là. Clairsemés. Ce que nous voyons si souvent chez nous aux heures d'affluence - des pistes cyclables congestionnées (Rachel, Boyer, Maisonneuve ouest, etc.) est plutôt rare à Tucson. Leur réseau est si important qu'il n'y a jamais de telle affluence visible, pas de concentration de vélos, pas de bouchons! La circulation se trouve comme diluée dans le vaste réseau de pistes et bandes cyclables, et les cyclistes se retrouvent aussi hors réseau, parce qu'il faut bien dire que dans l'ouest américain, les rues, qu'elles soient principales ou secondaires, sont habituellement très larges.

J'apprends aussi, qu'effectivement, ce 50F (10C) - tropical pour une touriste fraîchement débarquée de son hiver québécois - c'est un peu 'froid' pour les habitants de Tucson. Comme quoi le froid est ... une chose toute relative.

Le problème de certaines de ces pistes sur les artères commerciales achalandées c'est que pour éviter l'écrapoutissement des cyclistes dans une ville où le virage à droite est autorisé au feu rouge, la dite voie cyclable se retrouve entre deux voies de vehicules en mouvement : entre la voie de droite - ou bus et voitures circulent à grande allure, et la voie du centre, où les voitures roulent encore plus vite. Rien qui ne protège le cycliste sinon de la peinture blanche sur le pavé... Une solution que j'ai eu peine à comprendre, et qui, après en avoir fait l'experience au péril de ma vie (!) me donnait à moi aussi envie d'éviter ces rues.

Les initiatives citoyennes entourant le vélo sont très nombreuses, et les Tucsonniens sont actifs, dynamiques et des plus créatifs dans la défense de leurs droits à cet égard. Une note de blog ne saurait rendre compte de tout ce qui se passe dans cette ville côté vélo.* Mais quelques éléments ont particulièrement attiré mon attention, et illustrent bien ces luttes pour l'usage du vélo en ville. Par exemple, un règlement municipal qui oblige toutes nouvelles constructions (édifices publiques, magasins, cliniques, etc.) à prévoir des supports à vélos. C'est pas réjouissant ça ?

Un désir manifeste des autorités municipales à créer un réseau cyclable qui va relier la ville avec les sites récréatifs qui se trouvent au pourtour de la ville, à sa périphérie, sites qui se trouvaient plus ou moins inacessibles pour toutes sortes de raisons (distance, obstacles, échangeurs d'autoroutes, etc.).

Un de ces efforts d'étendre le réseau à cette périphérie permet à un amateur de vélo qui roule en plein ville de se rendre jusqu'au Parc national Saguaro (secteur de l'est) et d'y faire du vélo dans une forêt de cactus géants. Nul besoin d'automobile. On peut se rendre du coeur de la ville jusqu'au parc, et les vélos sont autorisés dans ce parc, et sur ce sentier en particulier. C'est une expérience inoubliable.

Il va sans dire que la différence de latitude et de climat, ainsi que des tracés de ville forts différents (la largeur des rues notamment) font en sorte que Montréal et Tucson ont à l'évidence des défis très différents en termes d'aménagement de pistes cyclables. Il y a, sans conteste, dans cette ville là des initiatives intéressantes, et des plannificateurs visionnaires.

Quant aux cyclistes eux-mêmes, si à Montréal on est rempli d'admiration pour les cyclistes qui bravent le froid en hiver, à Tucson, c'est en été qu'ils sont admirables, puisqu'au plus chaud de l'été le mercure peut grimper jusqu'à 40C (110F).

La chose la plus réjouissante que j'ai vu en termes de présence des cyclistes dans la ville : quand il y a des évenements sociaux, culturels, on retrouve presque toujours ce que je j'appelerais un 'contingent de vélos'. Par exemple, pendant mon bref sejour, il y avait un sorte de carnaval/rodéo annuel, un très gros évenement médiatisé, avec parade à travers la ville, festivités, etc. Et les cyclistes ont participé ...à vélos, avec force costumes et tout le kit !

Ca fait refléchir. Si à chaque fois qu'il y avait un évenement public à Montréal, des cyclistes fermaient la marche, ca serait une occasion de visibilité en or...

Mes déambulations à vélo dans Tucson m'ont permis de découvrir une autre initiative municipale que je n'avais pu apercevoir en voiture. Nous avons au Québec la loi du 1%. Quand un édifice est construit avec des deniers publics, ou avec des subventions, 1% doit être versé pour une oeuvre d'art ou une installation incorporée à cet immeuble. (Qu'on me corrige si j'erre dans les détails de la loi.) À Tucson, une loi similaire semble s'étendre à certains ouvrages de travaux publics ! En traversant le pont Irvington, au dessus de la rivière Santa Cruz, cette fois-çi à vélo, j'ai pu voir les deux immenses 'gila monsters'** sculptures de ciment recouvertes de mosaïques multicolores. Les deux bêtes se font face, au beau milieu du pont, entre les travées des voitures. Ce n'est donc pas un pont bi-modal (vélo et autos) mais bien tri-modal : autos, vélos et lézards géants !

*Le Tucson metropolitain compte environ 1.5 million d'habitants. On y trouve par exemple des programmes gratuits d'initiation à l'usage du vélo en ville, des programmes pour les employés municipaux, où des vélos sont mis à leur disposition pour leurs déplacements, et plus! Voir le site du Departement des transports de la ville de Tucson. Voir également le site de l'organisme BICAS (Bicyle Inter-Community Action & Salvage), une organisation citoyenne très active sur la scène locale dont l'une des activités de levée de fonds est un encan annuel d'oeuvres d'art créées à partir de pièces de vélos recyclées.

**Le gila monster ou 'monstre de Gila' est une des deux espèces de lézards venimeux qui vivent dans les déserts du sud-ouest des États-Unis.

Photos : Signalisation routière. / Maison en 'fauxdobe' - photo de Anya Quinn Drombowski. / Enseigne extérieure de BICAS / L'un des deux gila monsters du pont Irvington.

mardi 2 mars 2010

La Pont Jacques Cartier s'ouvre ce jeudi!

« Bonjour à tous,

Signe que le printemps arrive à grands pas, la Société Les Ponts Jacques Cartier et Champlain Incorporée désire informer le public que la piste cyclable située du côté ouest du pont Jacques-Cartier ouvrira partiellement pour la saison 2010, ce jeudi 4 mars.

Il importe de souligner que l’accès normal étant entravé par des résidus de neige du côté de Longueuil, les cyclistes doivent emprunter temporairement l’escalier à partir de la rue St-Charles pour accéder à la piste cyclable.

Nous vous aviserons dès que la piste et le trottoir seront entièrement fonctionnels. Cette annonce est sujette aux conditions climatiques des prochains jours. La Société souhaite une excellente saison de vélos à tous les cyclistes du Grand Montréal.

Pour plus d’information, visitez le www.pjcci.ca.

Merci,
Au plaisir!

Jean-Vincent Lacroix
Société Les Ponts Jacques-Cartier et Champlain Inc. »

mercredi 24 février 2010

ArtBike à l'exposition "Mémoire usinée"



Un des cadres du projet ArtBike sera présenté lors de l'exposition "Mémoire usinée" de l'artiste peintre et designer Alec.

"Mémoire usinée" à la galerie Art Neuf
du 1er mars au 10 avril 2010
vernissage : mardi 02 mars à 18h
Le vin d'honneur du vernissage est commandité par:
www.barefootwine.com


Galerie Art Neuf
Centre culturel Calixa-Lavallée

3819, avenue Calixa-Lavallée
H2L 3A7 Montréal
Au coeur du Parc Lafontaine
Carte Google
Accès : Par la rue Rachel - Métro : Sherbrooke - Autobus : 24 Est
Stationnement gratuit
www.artneuf.ca
artneuf@bellnet.ca
514 872-3947 - 514 523-3316

L'événement sur Facebook

lundi 22 février 2010

Retour sur le salon du vélo de Montréal

Cette année, quelque chose a changé. Bien sûr, la vocation du salon du vélo ne s'est plus limitée au cyclotourisme, comme par les années précédentes. Ce qui a fait peut-être que l'on a pu y rencontrer plus de types de cyclistes, du passionné au simple adepte.
Le public urbain beaucoup plus présent. La question environnementale est évidemment soulevée, mais ce sont bien plus les questions de coûts de transport et d'encombrement urbain qui sont la motivation dans le choix d'acquérir un bon vélo pour mode de transport au quotidien.

Les vélos Urbanista se sont fait remarquer et semblent non seulement répondre à un besoin mais aussi offrir quelque chose de différent. C'était encourageant de voir les sourires lors du premier contact visuel avec ces vélos. Puis les questions : D'où ça vient? Qui les fait? Est-ce que c'est cher? Est-ce que c'est lourd? Autant de questions dont les réponses nous remplissaient de fierté.
Et puis, à l'explication de la notion culturelle de cette ligne de vélos, via entre autre le blogue et la philosophie du "Slow Bike", les gens paraissaient séduits par notre approche différente.

Il y avait aussi ceux qui, de par le blogue ou le site, ou même les annonces magazine, connaissaient la ligne et venaient la voir de près. Leur enthousiasme était communicatif. Et d'autres qui sont des adeptes d'Opus sur vélo de route, et qui découvraient ce concept urbain! Pour certain c'était l'occasion de nous avouer leur intérêt à se procurer un second vélo pour un tout autre genre de déplacement que leur vélo d'entraînement.

Ce qui est très encourageant, c'est de voir que les Urbanista plaisent autant aux têtes blanches qu'aux cheveux en bataille.

Trois jours de contacts intenses, car l'affluence du salon a vraiment été soutenue cette année. Trois jours de rencontres enrichissantes, d'histoires et d'expériences personnelles partagées. Trois jours de fierté à faire découvrir ce dont à quoi nous croyons sincèrement et profondément : le vélo pour tout le monde!

jeudi 18 février 2010

Urbanista - Court metrage


Version HR

Petit essai de court métrage présentant les vélos Urbanista 2010. C'est avant tout une expérience pour transmettre visuellement une atmosphère décrivant l'inspiration Urbanista.

Il y a une recherche de mise en lien entre une structure urbaine, en l'occurrence un pont, et la structure du vélo avec son cadre, ses rayons et ses éléments distinctifs.
Le choix de la pièce musicale "Half dub" de Dan Thouin n'est pas fortuit. Il émane de cette composition, un rythme trépidant de la cymbale pouvant représenter le rythme effréné urbain, et le calme de la mélodie du saxophone soprano et du piano électrique Rhodes qui se rapproche plus de l'esprit du "Slow Bike" où, dans un contexte citadin effervescent, on peut réussir à puiser un calme et une sérénité quasiment contemplative.

mardi 16 février 2010

Les Urbanista au salon



Les Urbanista seront au
8e Salon du Vélo Expodium
de Montréal

Place Bonaventure
800, De La Gauchetière Ouest
19-20-21 février 2010
au kiosque OPUS

Informations supplémentaires :
www.expodium.ca

samedi 13 février 2010

Le vélo de Tiffany : douce uchronie*

Vous pourrez aller à vélo à la magnifique exposition - Le verre selon Tiffany : la couleur en fusion - puisqu’elle est parmi nous jusqu’au 2 mai prochain au Musée des Beaux-arts de Montréal.

Je crois que ce sera un autre très bon coup du Musée, puisque voilà une exposition véritablement accessible à tous, et où l’on cotoîe dans une proximité étonnante des oeuvres de Tiffany exposées dans toute leur splendeur, leur magnificence. Les vases, luminaires, vitraux rivalisent de beauté sous nos yeux et témoignent d’une époque haute en couleur, au propre et au figuré.

L’exposition nous apprend toutes sortes de choses sur la grande épopée Tiffany qui dura plus d’un siècle. Par exemple, quelles étaient les influences de la première heure, en l'occurence les mosaïques d’Afrique du Nord. Que Tiffany le créateur était doublé d’un homme d’affaires qui savait bien s’entourer. Que son apport véritable à l’art du verre, c’est précisément le verre, c’est-à-dire qu’avec chimistes et artisans, il a mis au point des procédés qui permettaient de créer des couleurs, des textures, des motifs nouveaux, élargissant d’autant la palette, le vocabulaire des artistes du verre.

Quand on entend le nom Tiffany, on pense tout de suite aux lampes célèbres. Et on croit que Tiffany en était l’auteur exclusif. Et c’est ici que l’exposition nous éclaire sur des aspects moins connus de cet empire de l’art nouveau. Était-ce l’époque qui voulait ça, ou le fait qu’il s’agit ici d’un industriel ayant à son service des centaines de personnes, et non pas d’une production artisanale, mais ce qui est clair maintenant c’est qu’il y avait d’autres créateurs et inventeurs dans l’ombre de Tiffany : des artistes, des chimistes, des ingénieurs dont les noms ne nous sont parvenus que très tardivement.

Pour n'en nommer que quelques uns : Arthur J.Nash, et Leslie, son fils, qui supervisaient les opérations de création du verre et les fonderies, A.Nash étant l’auteur du fameux verre Favril qui a rendu possible la création de nombreuses pièces Tiffany célèbres. Puis, encore méconnue jusqu’à tout récemment, Clara Driscoll (1861-1944), qui aurait conçu les modèles de lampes les plus iconiques de l’oeuvre Tiffany, lampes dont on voit quelques modèles dans l’exposition. Son rôle a été mis à jour en 2005, lorsqu’un chercheur en histoire a découvert la correspondance qu’elle entretenait avec sa mère. C’est par ses lettres, où elle explique son travail chez Tiffany, et par les recherches qui s’ensuivirent par la Société d’histoire de New York, qu’on découvre en elle une femme véritablement d’avant-garde, et l'importance de son rôle au sein de Tiffany.

À une époque où les femmes avaient peu de choix de vie, encore moins de choix de carrières – se marier et avoir des enfants, devenir enseignante ou religieuse – Clara reçoit une formation en art, vit seule dans le New York de la fin du 19e, début 20e siècle, et elle est responsable de l’atelier où l’on choisit et coupe le verre. Dans cet atelier, elle a sous ses ordres un cinquantaine de femmes que l'on nommera les Tiffany girls. Plus étonnant encore, sa correspondance nous révèle qu'elle se rend au travail ... à vélo. Complètement atypique pour une femme de son époque !

Ces dans ses fonctions à l’atelier qu’elle crée ces oeuvres magnifiques pour Tiffany. En effet, on observe un changement esthétique dans la production au moment où elle occupe ses fonctions chez Tiffany : les motifs géométriques froids font place aux formes courbes, aux motifs organiques, aux fleurs, feuilles, insectes, et à une palette de couleurs différente.

L’on sait que la compagnie Tiffany & Co produisait à ses débuts bijoux, argenterie, papeterie, et c’est à cette même époque, vers 1890, qu’ont été conçus des ... vélos! Non pas en verre, mais aux cadres sertis d’argent, avec poignées en ivoire, des vélos qui ont existé en très peu d’exemplaires. J’ai donc imaginé un Tiffany reconnaissant de l’apport indéniable de Clara aux ateliers Tiffany, lui offrant l’un de ses vélos, à elle qui roulait dans les rues de New York chaque jour pour se rendre au travail.

Malheureusement, l’histoire ne nous dit que bien peu des rapports entre Tiffany et la cheffe d’atelier. Ce que nous savons cependant c’est que l’un des rares exemplaires de ce vélo a été vendu aux enchères chez Bonhams l’an dernier, au montant de 57,000$. Il avait été conçu pour l’actrice américaine Lillian Russell.

N.D.L.R. : Nous tenons à préciser qu'il n'y a pas d'exemplaire de ce vélo à l'exposition Tiffany du Musée des Beaux-arts de Montréal.


Sur Arthur J.Nash, : Behind the scenes of Tiffany Glassmaking. The Nash Notebooks. St-Martin’s Press. 2001.
Sur Clara Driscoll : A new light on Tiffany : Clara Driscoll and the Tiffany Girls. D.Giles Ltd. 2007.

Crédit photographique : Clara Driscoll dans son atelier aux Studios Tiffany, en compagnie de Joseph Briggs, 1901. New York. Département des arts décoratifs, Metropolitan Museum of Art.

[*Uchronie : genre qui repose sur le principe de la réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé. L’auteur d’une uchronie prend comme point de départ une situation historique existante et en modifie l’issue pour ensuite imaginer les différentes conséquences possibles.]

mercredi 10 février 2010

Nuovella 2010

Parce que le travail de création ne s'arrête jamais, pour pousser le concept "Vespa" des années 50 encore plus loin, on a ajouté au dernier moment, sur le Nuovella 2010, des protecteurs de jupe coordonnés à la couleur du vélo.

lundi 8 février 2010

Chaleur sibérienne

Nous sommes dans le dernier droit de l’hiver. Février et mars pourraient nous en faire voir de toutes les couleurs, ou ne pas nous surprendre du tout. Tel est l’hiver québécois de ces dernières années : imprévisible. Alors je poursuis mes lectures vélocipédiques ...

Traverser la Sibérie en vélo, ça vous dirait ? C’est ce que Mark Jenkins a entrepris en 1989, flanqué de collègues Américains et Russes, et dont il a fait le récit dans Off the map, bien avant de devenir columnist au magazine Outside.

Sorte d’équipée folle de 7500 km en 5 mois, totalement fellinienne à la ligne de départ, avec tout un cirque de journalistes et tout un entourage de ‘sécurité’, l’équipe retrouvera bien vite un peu d’intimité là où la route s'arrête et qu'ils se perdent littéralement dans le décor de cet arrière-pays. Ils sèmeront ce cortège encombrant pour faire face à leur défi. Défi pluriel en fait. Défi d’endurance certes, mais et surtout, de nombreux défis d’ordre culturel. D'abord à l’intérieur même de l’équipe, composée de Nord-américains et d’Européens de l’est. Choc des époques puisque les voilà, urbains du 20e siècle, à se balader dans une campagne qui a parfois des allures de 19e siècle. Choc des cultures politiques. Choc de la confrontation des idées préconçues, des préjugés, avec l'envers du décor, qui va toujours au-delà des lieux communs.

Pour ceux qui s’intéressent au cyclotourisme d’aventure, rouler dans des contrées peu ou pas fréquentées, si le livre apporte peu d’informations techniques sur le comment de la chose, il est plus généreux sur les difficultés logistiques de cette entreprise et sur les aspects psychologiques d'une telle aventure.

Je pense que l’intérêt de ce récit est ailleurs. Une fois mis de côté ce qui est convenu et attendu dans un tel livre – le regard d’un Américain sur la culture russe/soviétique de 1989 - il y a plus. Une fois dépassée la carte postale, splendide il va sans dire, les humains sont le véritable paysage de ce récit. Ceux qui moulinent, et ceux qui les accueillent. Quand les descriptions ne sont plus à gros traits, mais dans les nuances, dans les subtilités, c’est là que ça devient intéressant.

Si Jenkins n'a pas grand talent littéraire dans ce récit de jeunesse, il pallie habilement à cela par la fraîcheur de son récit et par la sincérité presque bon enfant du ton adopté.

Ce qui m’a plu c’est qu'encore une fois le vélo est un vecteur de découverte fascinant. Je serais presque tenté de dire un interface, tellement plus propice pour aller à la rencontre de l’Autre. Quand on défile en voiture, en train, on ne s’arrête pas. Il y a toujours une distance entre soi et l’objet qu’on découvre. Quand on est en vélo, et qu’il faut mettre pied à terre pour ne serait-ce que trouver gîte et couvert, c’est autre chose. Ce livre me confirme ce que j’ai été à même d’expérimenter en faisant beaucoup plus simplement la découverte de villes visitées à vélo : on se retrouve dans un rapport de vis-à-vis qui rend l’expérience et la rencontre plus faciles et plus riches.

Une fois le livre refermé, je me suis demandé si les choses avaient beaucoup changées depuis 1989, si ce qu’on y lit est encore assez juste en 2010. Et par une coïncidence extraordinaire, j’ai eu à lire en ligne le blogue/journal de voyage de deux Québécois qui, cet hiver, revenaient d’Europe par le même trajet, mais cette fois-ci d’ouest en est, de l’Europe vers la Chine. Pas en vélo certes, mais en visitant sensiblement les mêmes bourgs et villes. Et de me rendre compte que l’histoire tient la route. Deux décennies n’ont apparemment pas changé grand chose dans cette région du monde qui, pour vivre et survivre aux aléas de l’histoire, à dû résister à tant de changements géopolitiques, non pas au fil des décennies, mais au fil des siècles.

PS Pour me faire pardonner de vous avoir parler de deux titres disponibles seulement en anglais, les prochaines lectures sont des titres français.

Mark Jenkins. Off the map : bicyling accross Siberia. Rodale books. 1992. Édition originale encore disponible. Ou en réédition, format de poche chez Harper Collins Canada. 1993.

jeudi 4 février 2010

Réunion de travail chez Urbanista


Bike Stack '09-2- 33, 2009 Oil monotype on paper 11" x 30" Taliah Lempert

Petite réunion de travail au blogue Urbanista : Suzanne est une cycliste urbaine roulant sur un Classico, qui s'est inscrite sur le blogue afin de devenir coauteure. Alec est éditeur du blogue et designer des vélos Opus.

Suzanne - Je participe au blogue Urbanista depuis quelques mois. J'avoue que la ligne éditoriale, telle que je la perçois, ou devrais-je dire plutôt telles que je perçois ses frontières floues, m'embête parfois.

Alec - Pourquoi?

Suzanne - Je ne suis pas toujours certaine que la note que je m'apprête à publier va cadrer ou pas...

Alec - Oui, il peut y avoir un certain flou, mais c'est ce qui permet de laisser évoluer le blogue sans mettre de limites trop contraignantes. Mais afin de ne pas s'éparpiller et de ne pas être un autre blogue cycliste, la ligne est relativement simple : vélo, urbanité, art et culture.

Suzanne - Je comprends et j'approuve complètement les choses qu'on essaie d'exclure (tourisme, revue de produits, etc.), des sujets qui sont abondamment couverts par des dizaines, voire des centaines d'autres blogues sur le vélo.

Alec - On n'exclut pas le tourisme, du moment qu'il s'agisse de découvrir d'autres réalités urbaines. C'est le cyclotourisme, les grands voyages en vélo qui ne cadrent pas avec le concept urbain de ce blogue. Pour ce qui est des revues de produits, on veut prendre une certaine distance avec le côté commercial. Toutefois, s'il s'agit d'un produit qui s'inscrit dans la philosophie Urbanista, et qui mérite qu'on en parle, il trouvera certainement sa place dans ces lignes. Le but de ce blogue est de promouvoir un état d'esprit, une philosophie, une approche du vélo en ville complètement différente par la pratique du "Slow Bike". Repenser le vélo, repenser le trajet, repenser le blogue.

Suzanne - Ce point aveugle qu'on essaie de couvrir m'est plus difficile à cerner. Peut-être parce que je ne suis pas très "branchée" sur les milieux de cet univers qu'Urbanista tente de définir, ou dont Urbanista tente de témoigner. Je me dis : Urbanista, c'est là où se conjuguent bicyclette (sa pratique) et culture. Pour moi, dans cette équation, la "culture", c'est au-delà de la culture livresque, musicale, picturale, visuelle, etc. Pour moi, la culture, je l'entends dans sa définition la plus large, l'ensemble de toutes les manifestations de l'activité humaine. Et pour le moment, c'est avec ça que je travaille. Alors, je crois que c'est ce qui fait que, parfois, je déborde... Dans le contexte précis du blogue Urbanista, quelle est ta définition de "culture"? Et comment ça se traduit, dans ce blogue, que de conjuguer "bicycle, art et culture"? Est-ce qu'on inclut tous les cas de figures : la "culture" des cyclistes, la culture à l'intention de cyclistes, la culture au sens de produits culturels faits par des cyclistes, etc. Ou la culture (produits culturels, pratiques) qui parle de cyclisme, peu importe son auteur, cycliste ou pas?

Alec - Effectivement, la culture est traitée au sens très large du terme. La culture ici est perçue comme l'ensemble des éléments périphériques à notre façon de vivre, et de surcroît, à notre façon de vivre en ville. Le vélo est une sorte de dénominateur commun des sujets traités, mais il ne s'agit pas tellement de cyclisme dans le sens d'activité, car en ville on ne fait pas de cyclisme, on utilise un vélo, ce qui est très différent comme état d'esprit. Et Urbanista veut pouvoir témoigner de cet état d'esprit.

Suzanne - J'ai repassé en revue les notes déjà existantes, celles qui précèdent mon arrivée, et ça foisonne de contenu très intéressant. Comment expliquer alors qu'il n'y ait pas plus de participants/auteurs? De commentaires? D'interactions? Avons-nous un train de retard : le blogue est-il mort? Est-ce que tout le monde est à surveiller le "ticker" de son Twitter? J'ai ma petite opinion là-dessus, mais j'aimerais t'entendre.

Alec - De voir des remarques, sur Facebook du genre : « Aujourd'hui, je suis en feu! » suivies de 40 commentaires tout aussi insipides me font frémir. Il est quelquefois frustrant de mettre autant d'énergie à bien écrire un billet et de ne susciter aucun commentaire. Mais je ne m'inquiète pas outre mesure, d'une part parce que le blogue est jeune encore et que les statistiques montrent que l'on est lu et relativement attentivement, car les temps de lectures sont bons. En fait, j'entends plus parler de nos billets et de notre blogue par d'autres canaux médiatiques. Je remarque alors que notre travail est apprécié. Quelle est ton opinion? Les blogues se font-ils supplanter par les autres canaux?

Suzanne - L'histoire des médias nous dit que l'invention/l'irruption d'un nouveau médium défini toujours ceux qui précèdent sans pour autant les mettre à mort. La photographie n'a pas tué la peinture, le cinéma n'a pas tué la photographie, internet ne tuera pas tous ces medias. Mais chacun est redéfini dans ce paysage plus vaste, et chacun ajoute à notre vocabulaire, à nos modes d'expression. De la même façon, oui, il est inévitable que le blogue soit redéfini par l'arrivée des autres lieux/médias sociaux, et les blogues ne sont qu'une forme de communauté virtuelle parmi plusieurs autres types de lieux virtuels. Je viens tout juste de lire un court article dans le dernier Wired, précisément sur cette question du blogue, de sa 'popularité', et de comment certains site deviennent presque victimes de la taille de leur auditoire. Trop peu d'interactions, c'est comme un petit cercle d'amis qui jasent entre eux. Trop de monde, et le lectorat se tait, parce que chaque interaction est noyée dans une mer de commentaires, notes, etc. Finalement, le blogue - communauté virtuelle - n'est pas différent d'une communauté réelle. Dans un petit village, tout le monde connait tout le monde, l'information circule rapidement, efficacement. Dans une grande ville, on est dans l'anonymat. Je pense que dans ce paysage médiatique où toutes les frontières sont brouillées, pour mieux se redessiner, le blogue a définitivement sa place. Un blogue n'est pas un fil de presse (à la Twitter). Si je regarde les quelques blogues/sites que je lis régulièrement, j'apprécie qu'il y ait là davantage que de l'information brute, c'est-à-dire une pensée, une ligne éditoriale, une sorte de valeur ajoutée à l'information. Il faut, de plus, comme auteurs de blogue, trouver un équilibre entre la fonction de méta-blogue (pointer en direction d'autres notes, d'autres sites sur la toile) et de chronique éditoriale.

Alec - Quel était ta perception du blogue Urbanista avant d'y adhérer?

Suzanne - J'ai trouvé l'équation vélo+culture très séduisante. Je suis probablement davantage une spectatrice de cet univers, qu'une actrice. Après avoir fait l'expérience du blogue en solo pendant quelques années, je suis devenue "écrivaine invitée" (guest blogger) sur d'autres blogues francophones et anglophones, mais qui ne portent pas sur le vélo. La perspective d'écrire dans un blogue à plusieurs (tel qu'indiqué dans la marge) ne m'intimidait pas. Mon défi est davantage le sujet lui-même. Sans doute qu'il y a aussi là-dedans pour moi un exercice de... vanité. (rires)

Alec - Que voudrais-tu que ce blogue devienne?

Suzanne - Je n'ai pas d'attentes sinon qu'il soit pertinent, qu'il soit lu, fréquenté, apprécié, et qu'éventuellement d'autres collaborateurs rejoingnent la petite équipe. Mais je ne veux ni ignorer, ni succomber à la tyrannie des statistiques de fréquentation.

Alec - J'ai hâte au printemps, alors que les vélos urbains reprendront possession des rues et que les éventuels coauteurs se manifesteront pour partager leurs expériences.
Après l'histoire du faux blogue Bixi, nous nous sommes posés bien des questions. Nous ne le cachons pas, Opus vend des vélos, mais en créant la ligne Urbanista j'ai senti qu'il y avait quelque chose d'autre, que ces vélos suscitaient un intérêt différent. C'est alors que l'idée de présenter le concept, la philosophie Urbanista nous est apparue intéressante. En s'éloignant du côté commercial et en se rapprochant du côté culturel, nous voulions témoigner de notre passion à créer des vélos et à offrir aux personnes qui ne pensaient pas utiliser un vélo sur une base régulière, quelque chose de différent.
Les blogues personnels suscitent bien plus de réactions. Penses-tu que les lecteurs sont réticents à commenter du fait que Opus est une marque?


Suzanne - Il faudrait leur demander... En fait, dans le fond, c'est peut-être "self-explanatory". On commente, on discute, quand il y a matière à débat, réaction, etc. (Exemple : la note sur le Pelle-t-in.) Sinon, on lit, et on continue sa route. Ce qui ne veut pas dire qu'on est indifférent. Pour preuve, on revient périodiquement.
Sur la question de la publicité/du commanditaire : la plupart d'entre nous fréquentons des forums de discussions, des sites, des blogues, autour du vélo ou de bien d'autres sujets, où la pub envahit la page, avec des "gif" animés du genre pub pour régime amaigrissant, ou plan d'investissement douteux; sorte de pollution visuelle irritante que l'on subit sans contrôle sur le contenu. S'il arrive que les gens se plaignent de ces situations, ils s'en formalisent rarement au point de boycotter ces forums, sites, blogues. Alors, entre cette situation là, où l'activité mercantile existe, mais d'une certaine façon occulte, à demie-masquée, et celle du blog d'Urbanista, où l'on est sous la bannière d'Opus, de façon ouverte, je trouve que des deux situations, celle-çi a au moins le mérite d'être transparente. En général je trouve que nous avons tous des rapports ambigüs et ambivalents à la pub. D'une part les gens sont irrités qu'un stade porte le nom d'une chaîne de pharmacies ou qu'un festival porte le nom d'une aluminerie ou d'un fabricant de voitures, mais d'autre part, beaucoup de gens affichent fièrement les logos/labels des vêtements et équipements qu'ils achètent... Patagonia, North Face, Knog, Cocotte, etc. C'est plutôt fascinant comme paradoxe.
À ce stade-ci, quelles sont tes attentes vis-à-vis du blogue Urbanista ?

Alec - C'est clairement de créer une communauté d'urbains, amateurs d'art et de culture et de vélo, et de partager, voire propager la philosophie du "Slow Bike". Mon but premier, en créant la ligne de vélo Urbanista, est de faire aimer la pratique du vélo autant à des cyclistes aguerris qu'a des personnes qui ne pensent même pédaler pour se déplacer. Pour cela, j'essaie de créer une émotion visuelle par l'esthétique et une sensation physique par le design et la géométrie. Je me dis que si on est attiré par son vélo, on aura plus facilement tendance à vouloir l'utiliser. Le but du blogue est aussi de transmettre cette idée, de l'expliquer et de témoigner de la passion créative qui nous habite, toute l'équipe, chez Opus.

Suzanne - Est-ce que tu crois que Montréal a une masse critique suffisante d'amoureux du vélo pour avoir un jour un évènement comme le Bicycle Film Festival ? Ou un autre évènement culturel d'envergure, lié au vélo?

Alec - Montréal est une ville extrêmement dynamique sur le plan culturel et créatrice de toutes sortes d'événements. Rien n'est impossible.
Allez, on retourne au boulot? On continue ce blogue?

Suzanne - Presto!

Oeuvres de Taliah Lempert
www.bicyclepaintings.com
Bike Stack 2009 #18-19 Oil monotype on paper 22" x 30"
Bike Stack 2009 2 #33 Oil monotype on paper 11" x 30"
Bike Stack 2009 #22-23 Oil monotype on paper 22" x 30"
Bike Stack 2009 2 #2 Oil monotype on paper 11" x 30"
Bike Stack 2009 2 #3 Oil monotype on paper 11" x 30"
Old Style Track Bike #6 on Wheat Screenprint on paper 6 x 7"
Lil' Print 18-My Bike on Gray Screenprint on paper 6.5 x 9"
Bronco Bike - Detail Oil on canvas 14" x 16"
Orient Sketch Oil on paper 27.5" x 39.5"

mardi 2 février 2010

Ouverture à l'année du Pont Jacques Cartier


Photo: Éric Constantineau

Le "Pellete-in", cette manifestation active du 28 janvier dernier, simulant le pelletage de l'entrée du pont Jacques Cartier, a suscité beaucoup de réactions. D'un côté par ceux qui demandent à ce que le pont, seule liaison Rive-Sud/Montréal pour les cyclistes et piétons, soit ouverte à l'année, de l'autre par ceux qui jugent que la faible fréquentation hivernale ne justifie pas les coûts additionnels d'entretien et jugent trop risqué de s'aventurer sur la voie cyclable du pont qui risque d'être glacée.

Nous aimerions connaître votre avis.

dimanche 24 janvier 2010

Lire ou ... écouter

Je nourris mes rêves de mouliner dans le bonheur en faisant quelques lectures dont certaines sont vélocipédiques. Voici la première de quatre notes sur de telles lectures.

Bicycle diaries de David Byrne. Chez Penguin books, 2009.

J’ai longuement hésité avant d’émettre une opinion sur ce livre paru l’été dernier. D’abord, je dois confesser mon immense et indéfectible admiration pour David Byrne le musicien de génie (membre du groupe Talking heads). Dans les années 80, j’ai écouté l’album My life in the bush of ghosts probablement jusqu’à pousser mes voisins au suicide. Cet album, qu’il a fait avec Brian Eno fait encore l’effet d’une création d’avant-garde, particulièrement quand on garde à l’esprit qu’il a été entièrement produit à l’ère analogique (par opposition à l’ère numérique).

Le culte autour de cette oeuvre ne se dément pas puisqu’en 2006, l’album a connu une deuxième naissance, dans une version revue et augmentée de pistes inédites, phénomène plutôt rare. Tout un site internet rend compte de cette deuxième vie de l’oeuvre, ainsi que des notes sur wikipédia où l’on peut apprendre la petite et la grande histoire de l’album et de l’oeuvre littéraire à l’origine de son nom. Fascinant.

Bref, c’est habitée de mon admiration pour Byrne-le-musicien, mais complètement ignorante de son état de cycliste new-yorkais que j’ai appris la publication de son livre Bycycle diaries l’été dernier. Je me suis procuré le livre à l’automne, et j’ai commencé à le lire. Et j’ai beau me dire qu’il faudrait bien que je le termine, j’ai beau y mettre tous les efforts possibles, rien n’y fait.

Un ou deux petits problèmes avec le livre. D’abord, c’est un blog publié en livre. Et rares sont les cas à ce jour où ça s’est avéré un succès. Dans le cas de M.Byrne, je crois que son éditeur n’a pas fait sa job d’éditeur qui aurait consisté à demander à M.Byrne de réécrire ce contenu, ses notes du blog. Un blog n’est pas un livre, et vice versa. Et si on a envie de lire les notes d’un blog, on va lire le blog. On achète pas un livre. Les notes qui peuvent nous semblées excellentes, dans le contexte d’un blog, d’une chronique, ne tiennent pas toujours la route dans le monde du livre imprimé. Ici, on a d’autres attentes. Ce sont des bibittes bien différentes, qui ont des exigences d’écriture différentes, et qui fournissent des expériences de lecture différentes aussi.

Deuxième bug : le titre est Bicycle diaries. Alors, il est légitime d’avoir des attentes de ce côté là des choses. On peut parfaitement comprendre que lorsqu’il relate ses voyages à l’étranger, l'analyse politique, par exemple, soit un peu faible. Là n’est pas le propos de M.Byrne qui n’est ni journaliste, ni politologue. On ne saurait lui en tenir rigueur. Alors, on attend le contenu ‘vélo’, on salive, on s'impatiente. Et au bout du compte, on reste sur sa faim. Le vélo, c’est la mineur du livre. David Byrne a beaucoup voyager dans les grandes capitales du monde, en tournée, comme musicien. Il y a fait des rencontres fascinantes avec d’autres artistes et musiciens, et c’est peut-être là le contenu le plus intéressant du livre. Mais la portion ‘découverte à vélo’ de la ville, encore une fois nous laisse un peu en reste. Quelques phrases tout au plus pour chaque ville visitée. Plutôt triste. Je ne m’attendais pas à un guide touristique pour cyclistes. Mais j’avoue que je m’attendais à plus. Peut-être aurait-il fallut un titre différent...

Pourquoi parler en mal de ce livre, alors que j’ai fait par ailleurs d’autres lectures plus réjouissantes ? Parce que c’est plutôt fâchant de dépenser des sous et d’être déçu. Je me suis dit que d’autres comme moi, intéressé à lire sur le vélo, se feront peut-être prendre. Alors, gardez vos sous. Ou plutôt non, achetez l’album, en cd ou en téléchargement. Pour accompagner vos classes de spin ou pour une balade urbaine, quand le beau temps sera au rendez-vous, ça ne vous laissera pas indifférent.

Quand je réécoute My life in the bush of ghosts, j’ai bien entendu en mémoire le choc esthétique que ce fut originalement. Mais ce qui demeure parfaitement contemporain dans l’expérience de cette oeuvre c’est qu’elle nous permet de toucher à ce qu’il y a au coeur de tout acte de création : la liberté. Et au bout du compte, c’est peut-être là le lien le plus fort avec ... le vélo.

Crédits photographiques : Pochette de l'album My life in the bush of ghosts, première mouture (1981). Couverture du livre Bicycle diaries de David Byrne, paru chez Penguin (2009). Identité visuelle de l'oeuvre musicale My life in the bush of ghosts, deuxième mouture (2006).

mardi 19 janvier 2010

Pellete-In du Pont Jacques Cartier

Afin de sensibiliser l'administration du Pont Jacques Cartier à la nouvelle réalité cyclo-hivernale Montréalaise, et aussi du fait que ce Pont est le seul lien pour les cyclistes et piétons entre les deux rives, le collectif "Vélo 365" organise un grand "Pellete-In" du Pont Jacques Cartier, côté Rive Sud de Montréal, le 28 janvier prochain, à 10h. Coin des rues Lafayette et St-Laurent, à Longueuil.
Apportez votre pelle!

À lire, très bon billet de Dumoulin Cycles :
http://www.dumoulinbicyclettes.com/blogue/?p=233

samedi 16 janvier 2010

Le bonheur est dans le ... garage

J’ai tout essayé. Le vélo stationnaire. J’ai écouté un million de podcasts pour tromper mon ennui pendant que je pédalais sur cet engin. Mais la position du vélo stationnaire, ça n’est tout simplement pas la position qu’on a sur un vrai vélo. Les longueurs de piscine s’occupent de me garder la forme cardio-vasculaire. Mais pour les jambes, c’est pas terrible. Il me faut mouliner.

J’ai essayé la classe de spin. Mais je ne me sentais pas vraiment à l’aise dans la faune du gym que j’avais choisi. Un de ces lieux pour voir et être vu. Pas du tout l’ambiance recherchée.

Comme il a été prouvé maintes et maintes fois déjà que le ridicule ne tue pas. Vrai ? Alors, n’en pouvant plus, j’ai enfourché ma bicyclette dans le ... garage.

C’est que j’habite un gros immeuble, de cette architecture de béton qui ne passera jamais à l’histoire. Ni l’histoire de l’architecture, ni l’histoire avec un petit h, ni l’histoire avec un grand h. Pas même l’histoire du béton j’en ai bien peur.

Mais, en cette période de sevrage de vélo, je dois dire qu’il a un grand mérite mon immeuble : un grand stationnement sous-terrain, et de surcroît, plutôt désert à certaines heures du jour et de la soirée. Le dit stationnement est, tout comme l’immeuble lui-même, en forme de U. Le trajet, d’une extrémité à l’autre de ce grand U fait 1/5 de km, cyclomètre à l’appui.

Je prends la bicyclette, puis je pense à un trajet, je visualise n’importe lequel des trajets que je fais pendant la saison, disons de chez moi jusqu’au Vieux Montréal où je travaille régulièrement, j’en estime les km de ce trajet aller-retour, et je fais suffisament de ces 1/5 de km pour arriver au total voulu. Le tout ... dans le garage.

Vous comprendrez que 1/5 de km avec deux virages à angle droit, un au quart du trajet, et un deuxième au trois-quart du trajet, ça fait des accélérations et décélérations multiples, sans compter les deux virages à 360 degrés, un à chaque bout. Super pour les accélérations. Virages excitants. Toutes et chacune des manoeuvres est éxécutées dans le plus pur bonheur. Plus jouissif encore : alors que défile dans mes oreilles le très tonique No Heaven de DJ Champion, et que je me trouve juste à la sortie d'un de mes virages en tête d'épingle, et qu'au même moment la voix out of this world de Betty Bonifassi, pousse son Oh Lord there aint no heaven! Oh Lord there aint no heaven!

Nous devons donc réviser la théorie : non seulement le ridicule ne tue pas, mieux encore, il rend heureux. Parce qu’aussitôt que j'ai dans le corps une dizaine de ces allers-retours (donc 2 km), j’arbore ce sourire parfaitement béat que j’ai habituellement quand je roule en ville. Que Dieu, Boudha ou Toutatis bénisse les endorphines!

Les résidents qui descendent au garage pendant que j’y roule me sourient en retour (forcément, c’est contagieux). Et ils semblent tous, sans exception sincèrement sympatiques à ma cause. Ca à l’air de les réjouir complètement que cette vision d’une femme à bicyclette, avec un grand sourire fendu jusqu’au oreilles, au milieu de cet univers de béton froid et gris et humide et triste, sans horizon, sans lumière du jour, avec pour tout ciel un plafond bas où courent néons et gros tuyaux de chaufferie, un espace horizontal qui n'a pour tout mobilier - hormis les véhicules stationnés, aux aguets - que des containeurs sinistres et des bacs géants de récup. Certaines personnes se tiennent en retrait, observent, osent des petits gestes d’encouragement. D'autres m’adressent quelques mots au passage ou encore s’attardent pour me voir repasser.

Peut-être ont-ils l’impression qu’à force de faire du vélo dans leur stationnement, je travaille pour eux aussi, sorte de danse rituelle, incantation, transe vélocipédique qui viserait à faire venir le printemps plus vite. Malheureusement, j'en ai bien peur, je n'ai pas un tel pouvoir. Mais ce qui est certain c’est que l’hiver me paraîtra moins long!

Crédit photographique : 2 Bike garage par Theresa Redinger. Exposition de groupe Making Camp.

mardi 12 janvier 2010

Le voleur de bicyclette

Ce film de Vittorio De Sica sorti en 1948, est emblématique d'une certaine époque d'après guerre.
Bien malgré lui, un chômeur se voit contraint, sous les yeux de son fils, de voler un vélo s'il veut obtenir et garder un travail de poseur d'affiche.
Ce film est de son temps certes, mais il nous rappelle, encore aujourd'hui, à quel point le vélo, pour bon nombre d'urbains et de campagnards de cette planète, est bien plus qu'un moyen de transport. Il est un élément clé de leur subsistance. Et pas uniquement dans les pays du tiers monde ou les pays que l'on dit "émergents", mais aussi dans notre Occident bien connu.
Avoir un moyen de déplacement autonome est pour la plupart un gage de liberté, une forme d'indépendance, voire un devoir civique environnemental.



La simplicité du concept d'un vélo est à l'épreuve du temps, de la technologie et des modes. L'avenir de ce "deux roues" est loin de péricliter.

Le voleur de bicyclette, un film à voir ou à revoir.
Synopsis du film "Le voleur de bicyclette" (Wikipédia)

dimanche 20 décembre 2009

Cher Père Noël

Si ma vie se réduisait à être une cycliste, c'est-à-dire si, ne serait-ce que l'instant de cette note sur Urbanista, si je pouvais faire fi de tous les autres drames et misères du monde (qui sont, il va sans dire un tetragodzillion de fois plus importants et sérieux), voici ce que je mettrais sur ma liste pour le Père Noël :

Il y a à peine quelques jours, encore un accident impliquant vélo et voiture, à quelques coins de rue de chez moi sur la piste Molson. Donc, je demanderais moins d'accidents en 2010. Chaque incident en est un de trop. Et pour avoir été happée par un chauffard (non pas comme cycliste, mais comme piétonne) il y a de cela bientôt 18 ans, je parle par expérience. Corps humain VS véhicule en mouvement ? Nos chances sont toujours infinitésimales de s'en sortir vivant-e et/ou en état de poursuivre notre route, au propre comme au figuré. S'en est assez. Donc, que le Père Noël nous apporte de la vigilance en masse, tant comme cyclistes que comme automobilistes, vigilance de tous les instants, et beaucoup de gros bon sens aussi (le bon équipement, les bons comportements), et quelques bonnes grosses pelletés de civisme et de patience les uns envers les autres. Qu'est-ce qu'on a donc tous à courir pour gagner quelques secondes ici et là, pourquoi s'entêter à poursuivre cette course absurde vers un fil d'arrivée imaginaire ...

Je demande au Père Noël de mettre dans les bas de Noël de nos décideurs des cartes de pistes cyclables, et un rappel de toutes leurs belles promesses. De leur donner de l'insight, de la vision, pas juste des bonnes intentions. Penser la ville de demain autrement qu'en termes de patchage de trous, ou à simplement essayer de rattraper les besoins connus, c'est-à-dire les besoins d'hier. Il faut penser demain, être visionnaires bon sang! Un peu de courage politique pour ces messieurs et dames.

Ditto pour les responsables du déneigement sur les ponts et chaussées, afin que le 'réseau blanc' ne soit pas une vue de l'esprit, mais une réalité pour ceux et celles qui roulent à l'année. L'hiver est à peine entamé et c'est pitoyable, en particulier sur les rares liens fluviaux.

Sur une échelle plus personnelle, je demande au Père Noël de me donner le temps de réviser mécanique de vélo 101, pour que je sois un peu moins tarte quand je me pointe quelque part pour une réparation ou un ajustement.

Mais surtout, et plus égoïstement, je demande au Père Noël de me trouver un preneur pour mon tank (i.e. Batavus) d'ici le printemps, afin de financer le remplacement de mon Classico actuel pour un Opus avec suspensions. C'est que les rues de Montréal n'épargnent ni le popottin, ni le portable qui est parfois à bord.

Bon, là il faut que je sois super gentille pour avoir tout ça.
C'est dur dur d'être super gentille.
Tellement plus agréable d'être canaille.

Bons congés des Fêtes à tous!

Photographie : Bicycle and antique. Cathy Stanley-Erickson.
http://www.flickr.com/photos/madcitycat/ CC BY-ND 2.0

mardi 15 décembre 2009

La Dolce Vita

Un peu de graphisme... Annonce pleine page pour le Nuovella, à paraître dans le magazine Momentum hiver 09.

Comme ce vélo était inspiré d'une Vespa des années 50, il était naturel d'illustrer le Nuovella dans un contexte visuel italien tel que celui de la dolce vita de Frederico Fellini. Marcello Mastroianni et Anita Ekberg

samedi 12 décembre 2009

À hauteur de selle

Dans une des scènes clés du très beau film La société des poètes disparus, le professeur – incarné par Robin Williams – fait la leçon à ses étudiants : tout est une question de point de vue et de perspective. Il leur demande de monter sur leur pupitre et de constater comment même la réalité la plus banale – leur classe – est différente envisagée à partir de ce nouveau point de vue. La question du point de vue, de sa singularité, se pose à chaque fois que l'on prend la parole, quelle que soit le medium choisi. Tout est affaire de point de vue, de perspective. Leçon qu'ils auront intégrée, comme l'illustre, mémorable, la scène finale du film.

L’histoire de la peinture est en partie, bien que pas exclusivement, une histoire de la représentation, une éducation du regard, et une interrogation sans cesse renouvellée de la question du point de vue. Pour exemple, deux contemporains. Picasso qui, visionnaire, illustre dans ses toiles cubistes la multiplicité et la simultanéité des points de vue. Pas joli joli, mais oh combien brillant! Je pense à l’artiste Allemand Gerhard Richter, dont le Musée des Beaux-Arts de Montréal possède une oeuvre de très grand format, et où l'on voit un paysage, flou, comme une photographie hors focus, une oeuvre qui brouille du coup les frontières entre peinture et photo. Meadowland est une de ces toiles qui fonctionne un peu comme ça.

Et le vélo dans tout ça !!!??? me direz-vous.

J'y arrive.

Plus près de nous, le canadien Alex Colville, un peintre hyperréaliste, nous donne souvent à voir ce que plusieurs fins observateurs auront appelé le low-car-seat level. En effet, quand on regarde certaines de ses toiles, on a l’impression de voir la scène comme si on était assis en voiture, arrêté en bordure de la route, observant la scène alors qu'on est à cette distance précise du sol.

C’est en fréquentant des photoblogs de cyclistes-photographes que j'ai repensé aux oeuvres de Colville et à son point de vue singulier d'automobiliste Nord-américain qui voit la vie de sa voiture.

Si on entend par point de vue, un discours politique, il ne fait aucun doute qu'il existe un et même des points de vue cyclistes. Mais ici, je ne fais pas référence au discours politique. Plus bêtement, je me demande si on peut identifier un point de vue bike-seat-level , en regard à "hauteur de selle" ?

J'essaie de porter attention au style photo des cyclistes-photographes, je cherche à reconnaître une esthétique qui leurs/nous serait commune. Une sorte de signature visuelle, faites de plusieurs éléments qui pourraient s'y retrouver ou pas. La crystalisation d'un regard qui lit la ville et ses objets à partir de la vie à vélo, une représentation de la ville qui ne serait ni celle de l’automobiliste ou du piéton, une esthétique visuelle propre à la gente autopropulsée. Tant dans la manière que la matière de cette photographie là. Des thèmes, des cadrages, un registre - la proximité, un rapport plus intime aux lieux, une vision en mouvement, etc.

Je dis ça comme ça. Peut-être que c'est du délire. Peut-être que c'est déjà l'effet du manque de vélo. L'hiver va être long...

Sources/crédits (dans leur ordre d'apparition) :
Jeremy Hugues. Condor in the snow. Jeremy Huges's photostream sur Flickr.
Alex Colville.
Cyclist and Crow. 1981. (Tiré du catalogue en ligne du MBA de Montréal).
Pörrö. Vauhissa. 2007. The thrill of Cycling sur Flickr.